C’est l’agroécologie qui va nous sauver !

« Mais aux lieux du péril croît aussi ce qui sauve » - Friedrich Hölderlin

Dans le monde incertain qui est le nôtre, sous un ciel où s’agglutinent de sombres nuages, commençons par délivrer une bonne nouvelle : on sait aujourd'hui parfaitement quelle agriculture, demain, nourrira les hommes, même si on ne sait rien des péripéties de son avènement. A ce sujet, le doute n’est guère possible tant les arguments scientifiques, techniques et philosophiques convergent pour le dire. Dans 30 ou 50 ans, l’agriculture industrielle, dominante aujourd'hui, apparaîtra pour ce qu’elle aura été : un épisode historique éphémère devenu une impasse pour l’humanité.

L’agriculture industrielle, un colosse aux pieds d’argile

Cette dénomination d’« agriculture industrielle » n’est en rien péjorative. C’est une expression qui ne fait que synthétiser trois de ses caractéristiques essentielles :

Elle a fondé son succès sur une conception réductrice du vivant qu’elle décompose en éléments indépendants, sur lesquels ou avec lesquels elle cherche à agir. Elle préconise par exemple d’utiliser des engrais minéraux qu’elle résume en trois éléments (l’azote, le potassium et le phosphore) ou encore des molécules chimiques détruisant des « nuisibles ». Par manipulation en laboratoire, elle introduit des gènes spécifiques dans des espèces pour les doper dans un aspect de leur performance, et ainsi de suite. C’est une approche analytique qui fragmente le vivant et ignore la complexité et l’intérêt des interactions qui l’animent.

Un indicateur simple lui sert de mesure de la performance : le rendement à l’hectare ou à l’animal. J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur son caractère réducteur (voir le chapitre « Des rendements en agriculture » dans Les mutations longues du travail : le cas de l’agriculture). Les hauts rendements obtenus sur des variétés ou des races améliorées, sélectionnées dans cette perspective, supposent que les exploitations agricoles homogénéisent leurs pratiques et se placent sous la dépendance des industries de l’agrofourniture et de l’agroservice. Critère purement quantitatif, il ignore les conséquences de cette soumission sur la santé des travailleurs de la terre, les problèmes de santé publique générés par une alimentation ainsi dopée et la tendance à la fadeur gustative de ses productions standardisées.

La troisième caractéristique qui lui fait mériter sa qualification d’agriculture industrielle tient à son usage massif de ressources fossiles ou minérales et de leurs transformations industrielles pour approvisionner les agriculteurs ainsi qu’à une mécanisation souvent surdimensionnée ; mines ou usines en amont donc, mais aussi en aval pour transformer les matières premières agricoles et leur donner les formes appétentes et pratiques de nature à séduire les consommateurs. Pris ainsi en tenaille, l’agriculture française est devenue de plus en plus dépendante de l’industrie, économiquement et techniquement, ne retenant sur ses terres qu’une part réduite de la valeur ajoutée de la filière (cf. le chapitre « Troisième époque : l’acmé productiviste ou la fin des paysans » dans Une révolution du travail agricole à bout de souffle).

En France, en 200 ans, cette agriculture a généré un exode rural massif, sans pour autant permettre à tous ceux qui restaient travailler la terre de bien vivre de leur métier. Mais du fait de la mondialisation des échanges et des bas prix de productions alimentaires subventionnées, cet exode a aussi touché les paysans du sud, migrant vers les métropoles de leurs pays ou à l’étranger. Ces conséquences sociales toutefois n’ont pas été un frein au développement de cette agriculture qui reste le modèle de référence mondial.

En revanche, parce qu’elle atteint ses limites productives, parce qu’elle consomme des ressources non renouvelables qui vont aller inexorablement vers leur épuisement, parce que certaines de ses pratiques génèrent pollution et problèmes de santé publique, parce qu’elle contribue à libérer du CO2 [1] qui alimente le changement climatique, son développement est entravé. En outre, du fait de la drastique réduction de la biodiversité agricole qu’elle a opérée en spécialisant à outrance les systèmes de culture ou d’élevages, elle a créé, souligne l’agronome Marc Dufumier « les agroécosystèmes [2] les plus fragiles au monde » qui ne sauront pas résister aux évolutions climatiques. Pour toutes ces raisons, elle « n’a plus d’avenir dans aucun pays du monde » [3].

D'ailleurs, si l’agriculture industrielle s’est révélée techniquement efficace dans les milieux tempérés où elle est née, en revanche, après avoir fait illusion pendant une quinzaine d’années lors de la révolution verte initiée dans les années 1960 - 1970 dans le reste du monde, elle y a d’ores et déjà atteint ses limites avec des rendements moyens en baisse et un épuisement rapide des sols, notamment dans les pays tropicaux où ceux-ci sont très fragiles [4].

Mais cette disparition ne nous laissera pas orphelin car l’agroécologie qui va la remplacer est une pratique agricole déjà présente en France et dans le monde où elle a fait la preuve de son efficacité et de son utilité. Elle commence d’ailleurs à bénéficier de la reconnaissance des institutions françaises et internationales [5]. 

L’agroécologie, une démarche scientifique qui renoue avec la logique du vivant

L’agroécologie s’appuie sur les interactions complexes du vivant afin d’utiliser au mieux ce qui est présent à profusion sur terre, comme le soleil ou l’azote et le gaz carbonique de l’air, tout en épargnant ce qui y est en stock limité. C’est une différence radicale avec la démarche de l’agriculture industrielle qui obtient ses rendements en consommant des intrants pétrochimiques ou minéraux dont certains, le phosphore notamment, serait en voie de prochaine disparition [6].

C’est une science ou plutôt un art qui se met à l’école du vivant, non pour le maîtriser mais pour favoriser et accompagner sa dynamique. Voici quelques exemples de cette démarche, bien connus des agronomes, même de ceux qui sont inféodés à l’industrie pétrolithique :

Les fortes pluies, quand elles tombent sur des sols dénudés, les ravinent, emportent leurs éléments les plus fertiles puis viennent grossir les eaux de surface. Pour éviter cela et permettre à l’eau de pénétrer lentement dans les sols et de les humidifier en profondeur, il faut donc couvrir au maximum la terre sur toute l’année. C’est une prescription de bon sens qu’adopte l’agroécologie et ignore l’agriculture industrielle.

Les pédologues savent depuis longtemps que le sol est constitué de niveaux superposés de vie en relation étroite entre eux. S’il est souhaitable d’ameublir la terre avant le semis afin de favoriser l’enracinement, en revanche il ne faut pas la retourner comme le font les labours pour ne pas bouleverser l’agroécosystème et les échanges, patiemment noués entre les différentes « couches » qui constituent le sol grâce au transit de la faune minuscule qui le peuple : les vers de terre, les cloportes, les collemboles et les microbes invisibles.

Les plantes savent parfaitement mobiliser ce dont elles ont besoin, l’eau et les ressources nutritives contenues dans le sol, quand elles en ont besoin. Aussi, l’agroécologie cherche à enrichir la terre, avec du fumier ou du compost par exemple, et non pas à nourrir les plantes par des ressources extérieures directement assimilables par elles, comme le fait l’agriculture industrielle.

Les terroirs diffèrent d’un endroit à un autre, parfois en quelques centaines de mètres, pour d’infinies raisons : nature des sols et des substrats qui les portent, relief, expositions au soleil ou aux vents, hydrographie, etc. L’agriculture industrielle cherche à proposer des solutions sur les aires géographiques les plus vastes possibles car elles permettent des économies d’échelle et sont donc les plus profitables pour l’agrofourniture et l’agroalimentaire. Elle y arrive, mais à condition de neutraliser en quelque sorte les spécificités des biotopes, en considérant leurs sols comme de simple supports et en agissant directement et massivement sur les itinéraires culturaux, sous forme d’apport en eau, en engrais et phytosanitaires ou sur les élevages par des aliments du bétail et de la pharmacie. Cela a eu pour conséquence de faire chuter en quelques décennies la biodiversité agricole. Or en ne proposant désormais que quelques variétés à haut rendement, elle génère de la dépendance des agriculteurs aux agrofournisseurs et elle met en péril la sécurité des approvisionnements si survient sur ces variétés améliorées plus fragiles une attaque pour laquelle elle ne connait pas la réponse.

L’agroécologie a contrario préconise que soient utilisées des semences adaptées aux différents terroirs, plus rustiques, plus résistantes. Cela permet en outre de renouer avec la tradition multimillénaire qui faisait des paysans des sélectionneurs locaux, attentifs aux qualités de leurs semences. Elle propose également de mélanger sur un même champ les espèces. Cela diminue le rendement de chacune d’entre elle prise individuellement mais accroît celui de l’ensemble grâce à la combinaison de bénéfices agronomiques. En effet, cela diminue la concurrence nutritionnelle entre les plantes et favorise la fertilisation naturelle croisée ; en outre, cela permet des protections les unes par les autres face à leurs nuisibles respectifs. Dans le même esprit de reconstitution de biotopes complexes en articulations bénéfiques, elle conseille, chaque fois qu’elle est adaptée aux terroirs, l’implantation de haies ou la culture sous arbre (l’agroforesterie).

Je ne fais ici qu’évoquer rapidement quelques démarches choisies pour leur exemplarité, sans apporter à chaque fois tous les développements qui seraient nécessaires. Pour ceux qui souhaitent approfondir ces questions, je leur suggère d’aller piocher dans l’excellente collection Domaines du possible qu’a créée Actes sud en collaboration avec le mouvement des Colibris. Dans sa rubrique « Agriculture », elle donne la parole à des ingénieurs agronomes et des paysans engagés dans l’agroécologie. J’en ai largement profité pour rédiger cet article, notamment :

  • Jacques Caplat, Changeons d’agriculture. Réussir la transition, Actes Sud, Arles, 2014
  • Pierre Rabhi et Jacques Caplat, L’agroécologie, une éthique de vie, Actes Sud, Arles, 2015
  • Marc Dufumier et Olivier Lenaire, L’agroécologie peut nous sauver, Actes Sud, Arles, 2019

Demain, grâce à elle : assurer le plein emploi et pacifier nos sociétés

Ce serait une grave erreur de penser que l’agroécologie n’est qu’une science appliquée ou une technique. Son développement aura d’immenses conséquences sociales qui, pour l’essentiel, seront aussi bénéfiques.

Un ratio économico-démographique serait à lui seul l’indice d’une société « développée ». En effet, pour mériter ce qualificatif, elle devrait employer moins de 10 % de ses bras « actifs » aux travaux agricoles. On s’inquiète, dans ces mêmes sociétés, de l’affaiblissement de la démographie industrielle, mais jamais de celle de l’agriculture. Dans ce domaine, le moins serait le mieux. On est ainsi arrivé à un étiage historique. Comme je l’ai montré dans Les mutations longues du travail : le cas de l’agriculture (« La marginalisation du travail agricole, un phénomène historique récent »), alors que du néolithique à la fin du XVIII° siècle, l’agriculture a toujours occupé plus de 70 % de la population active, la démographie agricole n’a cessé de décroître pour ne plus représenter en France que 4 % de celle-ci [7].

A la sortie de la seconde guerre mondiale, la France manquait de bras. L’industrialisation de l’agriculture, grâce à la mécanisation et à l’usage de ressources pétrolithiques en abondance, paraissait comme une voie raisonnable : elle permettait de développer la productivité du travail agricole et de libérer de la main d’œuvre qui pouvait ensuite s’employer dans les secteurs économiques des Trente Glorieuses qui en étaient avides. Mais aujourd'hui l’équation s’est inversée : les matières premières sont une ressource qui se raréfie et le chômage en France depuis 40 ans oscille entre 8 et 10 % de la population active.

L’agroécologie et spécialement la permaculture [8] atteignent des hauts niveaux de rendement mais nécessitent plus de main d’œuvre que l’agriculture industrielle. Cela tombe bien. Leur généralisation dans le monde permettra à la fois de préserver les ressources pétrolithiques et la santé publique, tout en réglant le problème du chômage. Un rééquilibrage pourra s’opérer au bénéfice de la démographie agricole. Il n’est pas souhaitable de revenir au taux d’emploi multimillénaire de 70 %, car ce serait ignorer toutes les avancées techniques et intellectuelles de la révolution industrielle. Mais un taux de 40 % en 2100 ne serait pas absurde ; il rejoindrait celui qui prévalait en France à l’aube du XX° siècle.

L’agriculture aujourd'hui n’a pas une bonne image auprès des citadins. Pour le dire vite en quatre « causes » : un grand soupçon sanitaire et gustatif pèse sur elle ; les paysans sont de plus en plus isolés (célibat et suicide y sont plus fréquents qu’ailleurs) ; leurs revenus insuffisants ; leurs conditions de travail guère attrayantes. L’agroécologie par sa nature même lèvera les deux premières. La troisième supposera un renversement des valeurs (économiques). Quant à la quatrième, une nouvelle orientation de la recherche agronomique et technique ainsi qu’une nouvelle organisation du travail à l’échelle des fermes et des terroirs permettront d’améliorer les conditions de travail agricoles. Ce n’est que parce que l’innovation technique et managériale n’est plus orientée depuis 200 ans que vers l’accroissement de la productivité que les conditions de travail se dégradent. Si désormais nous l’orientions vers un but social, je ne doute guère qu’elle obtiendrait d’aussi bons résultats qu’en matière de productivité. Et lorsque ces quatre freins seront levés, le mouvement de retour à la terre sera assuré.

Ce repeuplement des campagnes, quand il aura eu lieu, aura d’autres effets bénéfiques. Mécaniquement, il assurera une déconcentration et une meilleure respiration urbaines qui devraient s’accompagner d’une plus grande fluidité des relations entre les villes et leur environnement rural. En outre, l’histoire nous enseigne que lorsque les peuples doivent faire face à d’importantes crises (le changement climatique risque d’en apporter son lot), ils résistent mieux à la campagne qu’à la ville. C’est ce qui est arrivé sous l’occupation en France, à Cuba dans les années 1990 à la suite de l’effondrement du bloc de l’est avec lequel l’île réalisait presque 80 % de son commerce extérieur ou en Grèce, frappée depuis  2008 par une crise financière dont elle n’est toujours pas sortie.

Il est enfin une dernière vertu sociale du travail agricole, et non des moindres. Il se marie très bien avec la sérénité et la pacificité. L’histoire fait état de jacqueries voire de guerres de paysans, la plus importante peut-être ayant eu lieu en Allemagne au début du XVI° siècle. Mais ce sont des mouvements sociaux qui ont pour arrière-fond la misère et les injustices ; ce ne sont jamais des guerres de conquêtes comme celles qui ont conduit à la création violente, et le plus souvent provisoire, de grands empires. Virgile le disait déjà :

« Ô trop heureux les cultivateurs, s’ils connaissaient leur bonheur ! Loin des discordes armées, la terre d’elle-même leur prodigue avec une justice parfaite une nourriture facile (…) Là on trouve les pacages boisés et les tanières des bêtes, une jeunesse endurante à l’ouvrage et accoutumée à la sobriété, le culte des dieux et la piété filiale ; c’est là que la Justice, en quittant la terre, a laissé la trace de ses derniers pas » [9].

Demain : se réconcilier avec la terre

Mais l’agroécologie est en même temps et indissociablement un renversement du rapport des hommes à la nature instauré par notre civilisation industrielle. Ce renversement culturel n’est pas une option. Il lui est consubstantiel. Sans lui, l’agroécologie ne serait qu’une recette productiviste sans boussole.

Les représentations du monde, dans les civilisations agraires, étaient structurées par le rapport qu’elles instauraient avec la nature. L’agriculture et ses travaux y jouaient un grand rôle. On trouve l’empreinte de son influence dans les cosmogonies, les panthéons de dieux, les calendriers, les rituels de ces sociétés… Le cas de l’agriculture méso-américaine que je présenterai dans un prochain article en est une belle illustration.

Mais aujourd'hui, quelles représentations sont possibles dans nos sociétés laïcisées, dotées de sciences puissantes levant le voile sur nombre de phénomènes auparavant obscurs ? L’avenir ne consiste pas à revenir à des religions ou des mythes anciens auxquels nous ne sommes plus capables de croire, mais d’inventer à nouveaux frais des représentations modernisées. Pierre Rabhi l’a parfaitement compris qui essaie d’exprimer dans chacune de ses œuvres, matérielle ou scripturale, un au-delà de la technique. Il propose de poser un nouveau regard, respectueux, admiratif, caressant, sur le vivant et sa richesse :

« Une logique associative extraordinaire (fonde) la cohérence du vivant. La terre, le végétal, l’animal et l’humain sont de cette manière unis et indissociables. Prétendre nous abstraire de cette logique, la dominer ou la transgresser est une dangereuse errance » [10]

Il voit l’agroécologie comme « une des expressions profondes du respect de la vie (qui) replace l’être humain dans sa responsabilité à l’égard de celle-ci ». C’est, dit-il, « un art de vivre sur notre belle planète qui pourrait se partager au-delà des cultures et des frontières car elle n’a d’autre identité qu’un humanisme véritablement incarné » [11]

Il regrette « la dépoétisation du langage agraire » : les paysans sont devenus des exploitants agricoles, les cultures des spéculations, le fumier un intrant, l’élevage se pratique hors sol… Cette novlangue technologique donne un aperçu « du nouvel état d’esprit avec lequel (…) la nature est perçue ». « J’ai souvent déploré », poursuit-il, « que l’écologie politique elle-même, pour rester dans la tonalité rationnelle censée la rendre plus crédible, n’ose insister sur la beauté de la nature comme nourriture de l’esprit » [12].

Il s’agit désormais d’envisager celle-ci comme « un organisme vivant d’une merveilleuse et féconde complexité » [13] et vivre en harmonie avec elle dans ce que j’ai appelé, dans Le travail contre nature, une civilisation de la nature habitée [14]. L’agroécologie est la matrice de cette représentation appelée à remplacer la vision désincarnée et naïve d’une nature soumise à l’homme : un nouvel humanisme qui ne sépare pas l’humanité de son monde !

Dans la nuit, avancer vers la lumière

Nombreux sont ceux qui, face à la montée des périls géopolitiques et écologiques, se demandent ce qu’ils peuvent faire personnellement, dans un monde aussi complexe et mondialisé que le nôtre, pour les prévenir ? De nombreux engagements sont possibles : en tant que consommateur en privilégiant les pratiques économes en ressources fossiles et une alimentation biologique sobre en viande ; en tant que citoyen en soutenant l’écologie politique et la refondation en cours de la gauche qui vise à intégrer la question écologique et la question sociale comme les deux facettes d’une même pièce. Mais il en est un autre que je voudrais souligner ici qui peut être une vocation à la portée de beaucoup.

C’est une deuxième bonne nouvelle : il est possible en devenant un travailleur de la terre de contribuer concrètement, personnellement, à l’édification d’un futur désirable. Cela ne changera pas le monde – ce changement n’est de toute façon pas à hauteur d’hommes, même pas de ceux qui nous dirigent [15] – mais préfigurera celui de demain à l’échelle d’une ferme agroécologique. On peut espérer qu’ainsi se propage et se multiplie la décision anticipatrice de Pierre et Michèle, son épouse : « Aimer et prendre soin de la vie est devenu notre vocation, irrépressible » [16].

Chaque époque, chaque génération se trouve confrontée à un défi, parfois contrainte à la résistance contre un envahisseur, un système économique, un régime politique... Ce défi aujourd'hui, il devient de plus en plus clair : il s’agit de réparer le monde et réconcilier les hommes avec la nature, avec leur nature.

 

[1] L’agriculture et l’élevage sont responsables en France de 20 % des émissions de gaz à effet de serre (GES), les transports de 29 % et l’industrie de 30 %. Ces taux ne prennent pas en compte la biomasse vivante et les matières organiques des sols (forêts, terres cultivées, prairies…). En France, celles-ci émettent moins de GES qu’elles n’en piègent du fait de la croissance des forêts. L’urbanisation des terres et les cultures en revanche contribuent à accroître ces émissions. Source : Chiffres clés du climat France, Europe et Monde, Commissariat Général au Développement Durable, 2019

[2] Il s’agit des écosystèmes que les agriculteurs aménagent pour leurs productions animales et végétales. A titre d’exemple, les haies plantées autour des prés ou des champs dans les pays de bocage sont une partie intégrante de l’écosystème agricole et dans une large mesure le structure.

[3] Marc Dufumier, L’agroécologie peut nous sauver, Actes Sud, Arles, 2018, p 42.

[4] L’EISTAD (Évaluation internationale des sciences et technologies agricoles au service du développement), animé par la Banque mondiale et plusieurs organisations de l’ONU, déclare, dans un rapport approuvé par 57 gouvernements, que l’intensification, telle que pratiquée actuellement par la révolution verte, est « inadaptée pour l’avenir ». Source : Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, Analyse - Prospective et évaluation – n° 6, Avril 2009

[5] Par exemple : les rapports de l’EISTAD (voir la note 4 ci-dessus) de 2005 à 2008 qui appellent à un changement de paradigme des approches de l’agriculture et du développement ou la Loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt adoptée en France en 2014 qui vise la mise en œuvre des principes de l’agroécologie.

[6] Le phosphore est un minéral rare. Il est extrait de roches phosphatées présentes dans quelques pays seulement. La question de son pic minier (date du déclin irréversible de sa production) est très controversée car il repose sur des estimations de réserves économiquement extractibles dont 70 % se trouveraient au Maroc. Il figure depuis 2014 dans la liste américaine des matières premières critiques (source : Global Status of Phosphorus, Stockholm Environment Institute, 2016).

[7] En toute rigueur, il faudrait ajouter les emplois directement liés à l’agriculture en son amont (agrofourniture et agroservice) et en son aval (transformation agroalimentaire). Cela remonterait ce taux, mais ne lui ferait pas renverser le constat.

[8] La permaculture associe sur un même espace un grand nombre d’espèces végétales différentes. Des semis aux récoltes, on ne peut y utiliser les mécanisations lourdes de l’agriculture industrielle. Sa pratique appelle donc une main d’œuvre abondante.

[9] Virgile, Géorgiques, traduction par Eugène de Saint Denis, Les Belles lettres, collection Classiques en poche, Paris, 2002, pp. 69-71.

[10] Pierre Rabhi et Jacques Caplat, L’agroécologie, une éthique de vie, Actes Sud, Arles, 2015, p 9

[11] Ibidem, p 28-29

[12] Ibidem, p 23

[13] Ibidem, p 22

[14] Voir l’article Que serait une politique écologique du travail ? , tiré du chapitre 4 de cet ouvrage

[15] Voir l’article Passer par le travail pour penser l’écologie politique dans ce bloc-notes (« Le Patron du Travail »)

[16] Ibidem, p 24


Le travail contre nature : derniers exemplaires en stock

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L’homme à la croisée des chemins, Diego Rivera, 1934

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L’homme contrôleur de l’univers ou l’homme à la croisée des chemins, Diego Rivera

Diego Rivera a réalisé cette fresque sur un mur intérieur du Palais des Beaux-arts de Mexico. D'un point de vue esthétique, bien que s’y manifeste son art de la composition, du dessin et d'équilibre des couleurs, ce n’est pas sa plus grande réussite ; elle est trop symbolique et lourde d’intention pour cela. Mais elle est intéressante car elle plaçait l’homme du XX° siècle devant une double interrogation qui reste la nôtre : jusqu'où ira l’homme dans sa maîtrise de la nature ? Avec quel système socio-économique ?, mais les alternatives et les réponses disponibles pour l'homme du XXI° ont bien changé.

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Comment intégrer la diversité sociale et l’idiosyncrasie dans les débats ?

Retour sur une observation participative du Grand Débat National

Ce Grand Débat a été lancé par le Président de la République au début de cette année, en réponse aux manifestations récurrentes des Gilets Jaunes. En janvier, l’Association Nationale des Médiateurs dont je suis membre a proposé bénévolement ses services à la Mission nationale chargée de son organisation, pour animer des débats. Mettant de côté mes réserves sur ce dispositif descendant, je me suis porté volontaire et j’ai ainsi participé, comme facilitateur, à deux de ces manifestations : celle organisée par la mairie de Reims qui a rassemblé environ 400 citadins et une Conférence régionale qui s’est tenu à Orléans avec 70 citoyens de la région Centre, tirés au sort.

Cette expérience m’a inspiré quelques réflexions sur les obstacles, langagiers et comportementaux, à la participation au débat. Je les présente dans ce bloc-notes car ce sont aussi des freins à un dialogue authentique dans les espaces de travail. Bien que peu évoqués par ceux qui font profession d’animer ces débats, ils sont pourtant facilement constatables.

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Le travail de l’eau dans le désert du Thar (Rajasthan)

Pas de vie sans eau. Pas de milieu qui ne lui soit plus hostile que le désert. Et pourtant, il est certains d’entre eux dans lesquels les hommes ont su, par d’ingénieux et patients systèmes de collecte des eaux de pluie, développer une agriculture capable de les nourrir. Ce fut le cas des Nabatéens à l’époque romaine dans le Néguev ou à Pétra et des Râjasthânis encore aujourd'hui.

Lors de mon voyage en Inde à l’automne dernier, j’ai passé quelques jours à Jaisalmer, la capitale du désert du Thar. J’avais en main les notes d’un très beau livre d'Anupam Mishra [1] que j’avais lu quelques années auparavant. Elles m’ont servi de guide pour chercher puis trouver quelques uns des dispositifs techniques traditionnels qu’il décrit dans son ouvrage et qui ont permis pendant des milliers d’années d’assurer l’autosuffisance alimentaire de ses habitants.

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« Femmes, travailleuses et pauvres. C’est ça qui nous rassemble »

L’année dernière, lors d’un voyage d’étude en Inde auquel je participais, nous avons pu échanger avec deux représentantes [1] d’un syndicat de travailleuses indépendantes, la SEWA [2]. De toutes les rencontres que nous avons faites, c’est celle qui m’a le plus impressionné. J’ai en effet découvert à cette occasion une organisation militante dont le but est d’assurer la promotion économique et sociale des plus déshéritées et qui s’en donne les moyens. A l’heure où en France, les syndicats s’interrogent sur la façon de défendre les travailleurs indépendants face à leurs donneurs d’ordre, il y a là un exemple à méditer.

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Picasso en travail pour accoucher de « La Vie » – 1903

La Vie est une œuvre majeure et énigmatique de la période bleue de Picasso. Elle a fait l’objet d’une longue maturation avant d’aboutir à sa forme définitive et suscite depuis, à la fois de l’admiration, de la perplexité et un grand nombre d’interprétations. Comme la réflexion et les gestes progressifs de l’artiste ont laissé un certain nombre de traces, je me propose de m’appuyer sur celles-ci pour engager une analyse de ce travail, en partie à nouveau frais.

La Vie, Picasso, 1903
La Vie, Picasso, 1903

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Merde !

Caricature Rocha 16-4-2019

C’est le cri du cœur que Rocha, caricaturiste de La Jordana, fait pousser à une gargouille de Notre Dame, entourée par les flammes de l’incendie qui embrase sa cathédrale. En voyage au Mexique, je l’ai découvert dans ce quotidien qui a consacré ses douze premières pages au terrible événement.

En regardant quelques films qui tournent en boucle sur internet, m’est revenu en tête le drame qu’a également connu le 19 septembre 1914 sa sœur de Reims, du fait de bombardements allemands.

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« ÊtreS au Travail », une exposition pour remettre l’humain au centre du travail

L’Organisation Internationale du Travail est fille du Traité de Versailles. Elle a été créée en 1919 autour de l’idée que l’établissement d’un régime universel de travail réellement humain est une condition du maintien de la paix. Elle fête cette année son centième anniversaire.

A cette occasion, une exposition de photographies va être accrochée sur les grilles du Jardin du Luxembourg à Paris à partir de demain et jusqu'au 14 juillet 2019. Son inauguration donnera également lieu à un colloque sur l’avenir du travail qui se tiendra le mercredi 17 avril 2019 au Sénat.

Ces images sont l’œuvre de photographes de Magnum et d’indépendants. Ensemble, elles constituent une sorte d’« hymne à un travail décent, plus juste et plus sûr » [1].

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Cinq ans déjà !

J’ai publié mon premier article sur ce site le 22 décembre 2013. Cela fait donc maintenant 5 ans que je l’anime.

Au départ, mon intention était simplement d’accompagner le lancement de mon livre Le travail contre nature qui allait être édité en juin 2014. Mais au fur et mesure du temps, j’ai éprouvé de plus en plus de plaisir à produire des articles au terme de mes lectures, rencontres, visites ou voyages ; et j'ai infiniment goûté la liberté qu'offrait la toile de pouvoir les publier sans avoir à passer par un tiers. J’ai donc persisté dans cette voie.

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