Du travail animal

Cet article est une réflexion qui s’inscrit dans le sillon ouvert le mois précédent avec Rosa Bonheur et le travail animal : « Le Labourage Nivernais ». Je vous invite donc, si ce n’est déjà fait, à lire ce dernier car il constitue les prolégomènes esthétiques et sensibles de celui de ce mois-ci. 

Dans Le Labourage Nivernais, les hommes, instigateurs de la situation dans laquelle les bœufs se trouvent embarqués, sont certes présents. Mais l’orientation picturale majeure de son autrice, sa sensibilité propre lui fait privilégier le portrait animal. Ce sont eux sur lesquels elle exerce le plus finement sa palette. « Je ne me plaisais », dira t’elle à sa biographe, « qu’au milieu de ces bêtes, je les étudiais avec passion dans leurs mœurs » [1].

Cette passion pour la vie animale l’a d’ailleurs conduit à s’entourer dans son domaine de By d’une véritable ménagerie dans laquelle on pouvait croiser des mouflons, des cerfs, des biches, des sangliers, des moutons, des chevaux, des bœufs et même des lions. Sur le plan esthétique, elle était si soucieuse de réalisme, qu’elle s’enquerrait des habitus et comportements des animaux dans des ouvrages de zoologie et d’agriculture et visitait régulièrement des abattoirs afin d’étudier au plus près leur anatomie. Elle obtint même de la Préfecture de police, pour pouvoir s’y rendre, une « permission de travestissement » l’autorisant à porter des pantalons [2] !

Les animaux sont loin d’être domestiqués par l’homme pour leur seule capacité à travailler. Ils le sont également, et principalement aujourd’hui, comme matière première : leur viande, leur laine, leur lait… Mais ils relèvent dans ce cas d’un registre d’analyse qui les rapproche de l’exploitation minérale ou végétale par l’espèce humaine alors que le travail animal les rapproche de l’homme.

L’utilisation des animaux comme supplétif du travail humain a toujours porté sur les qualités qui dépassent les nôtres : la force physique, l’endurance ou la vitesse pour le trait, le port de charges ou le transport par exemple. Mais pas seulement. On utilise aussi des chiens pour leur flair et leur capacité, grâce à lui, à pister des proies ou à identifier des produits illicites. Si la nature au quaternaire avait produit des oiseaux en capacité de porter des hommes dans les airs, nul doute que ceux-ci auraient cherché à les domestiquer pour profiter de leur vol. Mais les animaux sont aussi utilisés dans des relations de service. Ainsi en est-il des animaux de compagnie ou des chiens d’aveugle.

Le travail que l’on voit à l’œuvre dans le tableau de Rosa Bonheur est essentiellement musculaire. Comme pour les hommes, sa pénibilité est directement liée à l’intensité et la durée de la sollicitation. Sous cette forme particulière, le travail de l’homme et celui de l’animal ne diffère pas. Il peut générer les mêmes effets de fatigue ou d’épuisement. Cela peut se lire dans leur corps : la sueur, la bave, la courbure du dos ; dans leur comportement : l’irritation, le meuglement, le coup de corne, mais aussi dans les yeux comme le souligne l’artiste :

« Une chose que j’observais avec un intérêt spécial, c’était l’expression de leur regard ; l’œil n’est il pas un miroir de l’âme pour toutes les créatures vivantes ? N’est-ce pas là que se peignent les volontés, les sensations chez les êtres auxquels la nature n’a pas donné d’autre moyen d’exprimer leur pensée » [3].

La nature de la relation des hommes aux autres vivants est une composante fondamentale de leur culture. Philippe Descola en identifie quatre grands types[4]. Il qualifie de « naturalisme » l’ontologie, dans laquelle l’Europe serait entrée à partir du XVII° siècle, qui consiste à considérer que l’homme, par son intériorité – son âme –, se distingue radicalement des autres espèces ; elle reconnait en revanche une continuité physique, biologique, entre tous les êtres vivants. C’est une représentation exactement inverse de l'« animisme », qui prête elle aux non-humains l'intériorité des humains, mais les en différencie par leur corps (voir sa traduction concrète dans la chasse à l’ours des Samis qui est présentée dans Vivre et travailler dans des climats extrêmes : l’exemple Lapon). Ce n’est que par approximation et pour donner des repères que l’on peut attribuer à une civilisation une de ces ontologies. La déclaration de Rosa Bonheur sur le regard de l’animal comme fenêtre ouverte sur leur âme l’éloigne évidemment du naturalisme européen. Elle est loin d’être la seule dans ce cas, y compris à son époque.

Les historiens identifient le XIX° siècle comme celui qui « est, plus qu’aucun autre, le siècle des bêtes. Les animaux peuplent les paysages urbains et ruraux, ils accompagnent le travail des hommes et modèlent de multiples façons l’évolution des sensibilités » [5]. C’est le siècle où s’engage l’industrialisation de la France. Toutefois, ce sont les énergies hydraulique et animale qui l’ont d’abord accompagnée car si la machine à vapeur a été inventée à la fin du XVIII° siècle, coûteuse et de mise en œuvre complexe, elle ne commença à véritablement pénétrer les grandes industries qu’à partir de 1860. C’est dans le transport et l’agriculture que les animaux (les bœufs, les chevaux mais aussi les chiens) ont été principalement utilisés [6]. L’exploitation plus intense des animaux domestiques ne l’a pas été que par le travail, mais aussi en tant que « minerai » : accroissement de la production de viande, disparition de races, sélection génétique conduisant à un alourdissement des animaux d’élevage…

En opposition à cette intensification de l’exploitation animale s’est développé un mouvement de défense de leur vie : en 1845 était ainsi fondée la Société protectrice des animaux qui se donnait pour objectif de moraliser le comportement des hommes vis-à-vis des bêtes et ainsi d’améliorer leur sort. A la même époque, le général et député Jacques Delmas de Grammont, scandalisé par le sort des chevaux de guerre et les scènes de maltraitance des animaux qui pouvaient régulièrement s’observer dans les rues parisiennes, proposa qu’une loi vienne interdire les actes de cruauté envers les animaux. Celle-ci fut votée en 1850. Moins ambitieuse que ne le souhaitait son promoteur [7], ce fut néanmoins la première fois qu’était consacré dans la législation française l’idée de protection animale [8].

A partir de la fin du XIX° siècle, les moteurs alimentés à l’énergie fossile se sont révélés incomparablement plus puissants et efficaces que la force animale et l’ont ainsi fait disparaitre de la sphère productive. Pour autant, la nécessité dans laquelle nous allons inéluctablement être conduit à ne prendre chaque année à la terre que ce qu’elle produira, et non plus ce qu’elle a produit en des ères géologiques révolues, redonnera de la vigueur à l’utilisation du travail animal. On le voit d’ailleurs réapparaitre, sous des formes pour l’instant marginales, dans certaines exploitations agroécologiques.

Le travail animal, un miroir du travail humain

Mais que signifie au fond cette expression de « travail animal » ? Peut-on, comme le fait Charles Gide dans un numéro de La revue socialiste, aller jusqu’à considérer les animaux domestiques comme une « classe particulière de travailleurs » [9] ? Doit-on souligner les apparentements avec le travail humain ou au contraire être attentif aux différences ? Commençons par apporter des distinctions, nous verrons ensuite quoi en faire.

Ce n’est pas de leur propre chef que les animaux travaillent ; ils ne sont en l’occurrence que des instruments animés que des hommes mettent à leur service pour les aider à accomplir des tâches inventées pour satisfaire des besoins humains. Mais c’est aussi le cas des esclaves. Dans l’asservissement ne réside donc pas la différence essentielle, mais dans la compréhension de l’intention productive. Certes, comme le souligne Jocelyne Porcher, directrice de recherche à l’INRAE, un cheval a envie de gagner la course, un chien d’aveugle de bien guider son maître ou un chien de berger de bien garder les moutons [10]. Mais ils ont une compréhension de proximité de ce à quoi ils participent, et non pas du dispositif dans lequel ils sont insérés. Nombre de travailleurs animaux ne perçoivent d’ailleurs même pas ces raisons qui les mettent au travail : pourquoi des bœufs tirent une charrue ou des chevaux des wagonnets dans une mine ? Ainsi en est est-il aussi du taureau obnubilé par la cape rouge qu’un toréador brandit devant ses yeux et qui ne lève jamais son regard jusqu’aux centaines de spectateurs venus assistés au combat. Or cette raison d’être, les gladiateurs l’entendaient parfaitement qui saluaient le maître de cérémonie avant de s’engager dans l’épreuve : « Ave Caesar, morituri te salutant ». De même en est-il des esclaves quelles que soient les activités auxquelles ils sont enchainés, même s’ils ne s’y soumettent que du fait de la force qui les y contraint.

Il est évidemment possible de s’en tenir à cette différence essentielle pour considérer que le travail n’est qu’humain – c’est d’ailleurs ce que je fais dans Le travail contre nature. Cela est juste si l’on pense à sa conception, forcément humaine. Mais ce n’est peut-être qu’un effet de bord, celui sur lequel ironise Montaigne : « Comment (l’homme) connait-il, par l’effort de son intelligence, les branles internes et secrets des animaux ? Par quelle comparaison, d’eux à nous, conclut-il la bêtise qu’il leur attribue ? », et de poursuivre, « Ce défaut qui empêche la communication d’entre (les bêtes) et nous, pourquoi n’est-il pas aussi bien à nous qu’à elles. C’est à deviner à qui est la faute de ne nous entendre point ; car nous ne les entendons non plus qu’elles nous » [11]. Si les animaux que l’on met au travail, à notre service donc, ne comprennent pas les raisons de ce qu’on leur demande de faire, c’est parce que celles-ci ne correspondent à rien dans leur monde. Et d’ailleurs ces raisons que nous, nous comprenons parce qu’elles appartiennent au notre, ont bien souvent aujourd’hui quitté la sphère du raisonnable.

Mais, si le sens des activités productives humaines leur échappe pour l’essentiel, refuser pour ce motif de partager avec la gente animale la notion de travail rejette dans l’ombre ce qu’il a pourtant de commun dans sa réalisation et par voie de conséquence ce que sa prise en compte pourrait éclairer d’un travail digne. En effet, comme pour les hommes, tous les travaux à leurs yeux ne se valent pas. Les animaux s’intéressent aux tâches dans lesquelles ils peuvent exercer leur talent ou leur compétence : la course, le flair, la force, l’intelligence des situations, la capacité d’initiative… Pour les activités rébarbatives, qui ne correspondent pour eux à rien, ils attendent qu’elles ne les épuisent pas, les respectent dans leurs rythmes et que soit reconnu leur investissement. Jocelyne Porcher, sur la base de ses observations à la croisée de la sociologie et de l’agronomie, déclare ainsi que « l’enjeu majeur du travail des animaux, qu’il s’agisse d’un chien d’assistance, d’un éléphant dans un cirque ou dans un zoo, d’un cheval en centre équestre ou d’un animal de ferme, c’est son intérêt pour le travail et la reconnaissance par les humains du travail qu’il accomplit » [12]. Elle relève également que la dimension relationnelle du travail, nourrie de confiance et d’affection, est celle qui importe prioritairement aux animaux. Voilà des registres de la vie au travail qui nous sont bien familiers. Ce sont en effet les mêmes qui participent de la santé et de l’épanouissement au travail des humains quand ils sont bien orientés et qui ont l’effet inverse quand ils le sont mal. Cette communauté de ressentis et d’attentes dans l’épreuve légitime à elle seule l’usage commun de la notion de travail pour dire notre effort et le leur dans les activités productives.

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Mais après avoir déserté la mine, l’industrie et le transport, le travail animal a également, depuis la mi-temps du XX° siècle, quitté les campagnes françaises. Ce qui y subsiste aujourd’hui, massivement, ce n’est plus lui, mais le travail avec les animaux. Dans la relation inter-espèces, on se déporte alors plutôt du côté des hommes. Qu’en est-il pour eux de ce travail ? Quel impact la relation avec les animaux a-t-il sur lui ? De quelle manière les systèmes industriels d'élevage dans lesquels le plus souvent il s’exerce aujourd’hui affectent cette relation ? Quelle rupture idéologique nous autoriserait-elle à mieux vivre et travailler avec les animaux ? Qu’y gagnerait-on ? Cela fera l’objet d’un prochain article : "Travailler avec les animaux".

A suivre donc…

 

 

[1] Rosa Bonheur citée par son amie peintre qui partagea la fin de sa vie, Anna Klumpke, Rosa Bonheur, sa vie, son œuvre, MKS Editions, Paris, 2018, p 178

[2] Rosa Bonheur, une vie pour l’art, Edition Les amis de Rosa Bonheur, 2016.page 17

[3] Rosa Bonheur, sa vie, son œuvre, p 178

[4] Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Gallimard, Paris, 2005

[5] Quentin Deluermoz et François Jarrige, « Introduction. Écrire l’histoire avec les animaux » in Revue d’histoire du XIX° siècle, 54/2017, page 20

[6] « Les animaux sont-ils des travailleurs comme les autres ? », Conférence de François Jarrige, Rendez-vous de l’histoire de Blois, 08/10/2021

[7] La loi Grammont se contentait d'incriminer les mauvais traitements lorsqu’ils étaient commis en public. Elle protégeait donc davantage la sensibilité des spectateurs que l'intégrité des animaux. Elle fut abrogée en 1959 par un décret qui a fait disparaître cette exigence de publicité et prévoit la remise de l'animal maltraité à une œuvre.

[8] Source : Éric Pierre, « Réformer les relations entre les hommes et les animaux : fonction et usages de la loi Grammont en France (1850-1914) », article paru dans Médecine & Hygiène « Déviance et Société » 2007/1, vol. 31, pages 65 à 76

[9] Charles Gide, « Une classe de travailleurs oubliés », article publié dans La revue socialiste, n° 43, juillet 1888, pages 51-53.

[10] Jocelyne Porcher, « Le bien-être animal, une autre lecture ». Entretien. Terre de liens, 1er mars 2019.

[11] Montaigne, Les Essais II, ch. XII Apologie de Raymond Sebond, Folio Gallimard, 1965, p 156

[12] Jocelyne Porcher, « Ce que la prise en compte du travail animal peut changer au travail humain », article paru dans Progressistes n° 17, 2017, pp 42-43


Rosa Bonheur et le travail animal : « Le Labourage Nivernais »

L’économie de l’art et les jugements esthétiques n’avancent pas du même pas, ni dans les mêmes directions. Au trébuchet de sa notoriété ou du prix de vente de ses œuvres, Rosaline Bonheur a été la peintre la plus reconnue de son temps. Cela l’a mise très jeune à l’abri de tout besoin et lui a permis de vivre en châtelaine à Thomery, dans la région parisienne. Mais elle est aujourd’hui ignorée du plus grand nombre : l’inverse de ce qui est arrivé à Vincent Van Gogh qui n’a vendu qu’une seule de ses toiles de son vivant et dont l’œuvre est aujourd’hui reconnue comme un des sommets de la peinture occidentale du XIX° siècle.

En amont d’une exposition-rétrospective qui s’ouvrira au Musée d’Orsay en octobre prochain pour saluer le bicentenaire de sa naissance [1], je me propose d’analyser un de ses tableaux majeurs, le labourage nivernais ; une œuvre qui donne la place principale à des animaux de trait et me servira de support à une réflexion sur le travail animal.

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Militaire ou civile, la folie nucléaire

"Les crimes de ceux qui mènent ne sont pas la faute de ceux qui sont menés ; les gouvernements sont quelques fois des bandits, les peuples jamais"

Victor Hugo, 1860, condamnant le saccage du Palais d'été à Pékin par des troupes franco-anglaises

En hommage au peuple Ukrainien

 

La guerre en Ukraine éclaire violemment les zones d’ombre des thèses pro-nucléaires portées par de nombreux candidats à l’élection présidentielle en France. Ils sont en effet 8 sur 12 à vouloir son maintien ou son développement [1] ; seuls Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Philippe Poutou veulent sortir du nucléaire. Le favori des sondages, Emmanuel Macron, vient d’indiquer qu’il donnerait son accord, s’il était réélu, pour la construction d’une première tranche de six réacteurs et une mise à l’étude de huit autres.

Les arguments nucléodoules [2] peuvent être résumés ainsi : certes, l’énergie nucléaire est dangereuse, mais ce danger en France est maîtrisé ; c’est une énergie décarbonée qui est un atout dans la lutte contre le réchauffement climatique ; elle favorise l’indépendance énergétique par la diversification des sources d’approvisionnement en énergie fossile [3] qu’elle permet.

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L’émancipation des femmes, aussi une affaire d’hommes

Je profite de cette Journée internationale des droits de la femme pour exhumer un texte qui montre qu’elles n’ont pas été seules à souhaiter leur émancipation, y compris à une époque, le XIX° siècle, où leur infériorité était absolument consacrée par l’idéologie masculine et le droit. Il est l’œuvre de Léo Frankel, un ouvrier hongrois membre de la première Internationale. Installé à Paris depuis 1867, il s’engagea au service de la Commune et de son ambition révolutionnaire. Il y dirigea notamment la « Commission du travail, industrie et échange ».

Ce texte est extrait d’un article intitulé « Réponse à quelques sophismes conservateurs » qui paru le 01/01/1872 dans L’Emancipation [1].

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L’Utopie de Thomas More, aux prémices de l’idée de revenu universel ?

L’idée de revenu universel revient en France dans le débat public à l’occasion des élections du premier semestre 2022 [1]. Cinq ans auparavant, dans les mêmes circonstances, j’avais essayé de clarifier cette notion, en la distinguant de nombreuses variantes dont elle peut faire l’objet et qui en masquent la vraie nature et l’originalité (voir Le revenu universel, fossoyeur ou rédempteur du travail ?).

Beaucoup voit dans Thomas More, un humaniste Anglais du XVI° siècle, un précurseur de cette idée qu’il aurait exposée dans son œuvre la plus connue, l’Utopie [2].

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Le chant du bonimenteur pour attirer le chaland

Il est des professions dans lesquelles chanter pour s’encourager dans l’épreuve est une pratique courante. Ces chants d’ailleurs ont parfois une longue histoire et un riche répertoire. C’est le cas notamment de ceux des marins ou des soldats. Mais vient moins spontanément à l’esprit que les commerçants aussi, dans les marchés, peuvent utiliser le chant pour attirer les passants vers leurs étals…

Pour inaugurer, avec le piment d’un soupçon d’étrangeté, cette nouvelle catégorie, voici donc un exemple chinois. Ça se passe dans une rue de Tianjin [1], une grande ville portuaire située à 130 kilomètres de Pékin. Il est suivi d’un extrait, tiré de ma vidéothèque de voyage familial, dans lequel un camelot de Hong Kong donne à ses boniments une vigueur comique accentuée par les modulations de sa langue à tons…

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2022, une année pour préparer l’avenir ou préserver le passé ?

Le variant Omicron du Covid bat des records de diffusion planétaire. En France, il s’invite au pied de l’arbre de Noël et des fêtes du nouvel an. Autour de 200 000 contaminations par jour, il assurera une vaccination même de ceux qui s’y opposent. Aussi, mon premier vœu pour la nouvelle année fait écho à cette actualité pandémique : je souhaite à tous de la traverser sans autre tracas de santé que des choses bénignes dont on se relève avec juste un peu de patience.

Mais 2022 sera aussi en France une année électorale majeure puisque nous aurons à choisir le Président de la République et la représentation parlementaire.

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Peinture chinoise et représentations du travail

Si les lettrés ont privilégié la peinture d’idées et l’ont centré sur la relation de l’homme au monde qui l’entoure (voir l’article « La peinture chinoise des lettrés ou comment célébrer l’harmonie de l’homme avec la nature »), la peinture chinoise ne s’est pas limitée à ce thème, ni à ce style. Elle plonge loin dans le temps ses racines, même si ses œuvres les plus antiques sont rarement parvenues jusqu’à nous. La peinture savante n’est qu’une de ses branches, qui apparait au X° siècle sous les Sòng et ne s’est imposée qu’à partir de la dynastie Yuán [1] (1280 – 1367). Dans cette autre peinture – distinguons la de la peinture des lettrés en la qualifiant de professionnelle [2] –, les représentations du travail restent toutefois peu fréquentes. Il existe néanmoins quelques exceptions notables. Ce sont certaines de celles-ci que je me propose de présenter dans ce deuxième article.

Commençons par les témoignages les plus anciens.

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La peinture chinoise des lettrés ou comment célébrer l’harmonie de l’homme avec la nature

La peinture chinoise est pour sa partie la plus édifiante un art du paysage. Que vient-elle donc faire dans un blogue culturel dédié au travail alors que l’homme semble y être absent ? Parce qu’il y est toujours présent bien qu’à peine visible ! C’est dans cette peinture que cette civilisation raffinée, multimillénaire, exprime le mieux sa quête d’harmonie entre l’homme et la nature.

Aujourd’hui, la Chine semble avoir rompu avec cette tradition, embarquée qu’elle est dans un mouvement de renaissance qui en fait un disciple zélé du productivisme occidental : elle est devenue, à marche forcée, l’usine la plus polluante du monde.

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Portrait du Covid 19 en leçon de vie politique

Des hordes de coronavirus poursuivent leur route à travers le monde en chevauchant notre espèce qu’elles trouvent très accueillante. Elles suivent sans but les lois du vivant – celles qui ont produit, aux termes de développements obscurs, l’homo sapiens – et mutent régulièrement, nous laissant augurer de leur présence parmi nous dans la longue durée. Mais si elles suivent ainsi leur chemin, elles croisent violemment les nôtres et dévoilent ainsi la manière dont notre espèce essaie de faire face à l’épreuve pandémique. Si elle est une leçon de vie sauvage (voir Un virus n’est pas un ennemi, mais un collègue en naturalité et Portrait du Covid 19 en leçon de vie sauvage), elle est donc aussi pour nous une leçon de vie politique – cet art sophistiqué d’existence collective propre aux humains.

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