Le travail contre nature : derniers exemplaires en stock

Le travail contre nature n'est plus en vente en librairie ou sur internet. Aussi, ai-je racheté quelques exemplaires à mon éditeur que je propose à 10 €, frais d’envoi inclus (au lieu de 21.90 € prix public).

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L’homme à la croisée des chemins, Diego Rivera, 1934

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L’homme contrôleur de l’univers ou l’homme à la croisée des chemins, Diego Rivera

Diego Rivera a réalisé cette fresque sur un mur intérieur du Palais des Beaux-arts de Mexico. D'un point de vue esthétique, bien que s’y manifeste son art de la composition, du dessin et d'équilibre des couleurs, ce n’est pas sa plus grande réussite ; elle est trop symbolique et lourde d’intention pour cela. Mais elle est intéressante car elle plaçait l’homme du XX° siècle devant une double interrogation qui reste la nôtre : jusqu'où ira l’homme dans sa maîtrise de la nature ? Avec quel système socio-économique ?, mais les alternatives et les réponses disponibles pour l'homme du XXI° ont bien changé.

Le muralisme mexicain est un mouvement pictural né dans les années 1920 qui se voulait à la fois social, culturel et identitaire. Le choix du support, le mur, en est à la racine : il permettait de rompre d’un coup avec la peinture de chevalet qui était réservée à une élite bourgeoise latino-américaine dont les goûts restaient très européens. A la suite de la révolution mexicaine [1], les commandes des institutions publiques ont permis à toute une série d’artistes d’exprimer leur talent et leurs convictions politiques, en offrant au public qui se rendait dans ces institutions la possibilité de contempler leurs œuvres et décrypter les messages dont elles étaient porteuses.

Le titre sous lequel est connue cette fresque du Palais des Beaux Arts est double : El hombre controlador del universo o el hombre en el cruce de caminos (l’homme contrôleur de l’univers ou à la croisée des chemins). Cette œuvre est la reprise d’une commande faite en 1932 par John Davison Rockefeller pour le hall d’entrée d’un des bâtiments du Centre Rockefeller de New York. L’homme d’affaires souhaitait que l’œuvre traduise l’idée d’un « homme à la croisée des chemins qui cherche, dans l’incertitude mais avec espérance et ambition, à emprunter un chemin conduisant à un futur nouveau et meilleur » [2]. Mais Diego Rivera, le communiste [3], enrichit son œuvre, au cours de son élaboration, de thèmes sociaux (la guerre, une manifestation ouvrière et sa répression policière) et politiques (la Place Rouge, un portrait de Lénine). C’en fut trop pour les Rockefeller qui annulèrent leur commande puis, quelques mois plus tard, firent détruire la fresque.

Celle du Palais des Beaux arts de Mexico, elle, est toujours visible. Elle est divisée en trois parties, séparées entre elles par deux grandes loupes inclinées et deux piliers de la coursive du premier étage du Palais.

Fresque Palacio de Bellas Artes
Partie centrale de la fresque du Palais des Beaux arts de Mexico (photo de l’auteur)

La partie centrale est le cœur du « discours » pictural. Un technicien, au croisement de deux ellipses, tient une manette avec lequel il semble contrôler ce qui l’entoure : le monde naturel en dessous de lui et la machinerie au dessus, le microcosme comme le macrocosme figurés dans les ellipses. Devant lui, une main – la main de l’homme et non plus celle d’un travailleur ? – surgit d’un tuyau et tient fermement un globe transparent qui rassemble les atomes de base de notre terre. C’est le pouvoir de l’homme sur la nature qui est ici figurée. La présence en différents endroits d’un portrait de Darwin, d’un microscope, d’une radiographie d’un crâne, d’une ampoule électrique, viennent indiquer l’origine de cette puissance : les découvertes scientifiques et leurs applications. Mais on ne trouve pas de traces d’inquiétude ou d’incertitude quant au contrôle de la nature par l’homme : ça fonctionne !

Le dilemme n’est pas là. A ce premier « discours » se superpose en effet un autre, politique : cette puissance de l’homme doit être au service de qui ? Une alternative, à cette époque, se présente clairement aux peuples : d’un côté le capitalisme Étasunien, de l’autre le communisme soviétique.

Dans ce deuxième discours, la rhétorique picturale se lit sous le mode du sain et du malsain. On en a une première illustration dans la partie centrale avec les cellules malades en haut à gauche de l’ellipse et saines dans son aile droite, redoublée par la scène à gauche de bourgeois frivoles jouant aux cartes, dansant et buvant, contraposée à celle où Lénine réunit et serre les mains d’un paysan, d’un ouvrier et d’un militaire. La partie supérieure gauche de l’œuvre décline le mal sous la forme de la Grande Guerre, symbolisée par des soldats portant des masques à gaz, et d’une manifestation ouvrière pacifique réprimée par la police. A droite, la santé est représentée par des athlètes en train de courir et vient en contrepoint de la scène de loisirs bourgeois. Le côté droit de l’œuvre se trouve ainsi qualifié comme celui du bien, le gauche celui du mal. C’est dans la partie droite que le peintre Mexicain place donc ses « déclarations » politiques en faveur de la IV° internationale (en bas), de l’Union soviétique (en haut) et contre le fascisme (la statue sans tête qui tient un faisceau portant une croix gammée).

Dans l’entre deux guerres, pour Diego Rivera, la croisée des chemins est strictement sociale et politique. C’était là le fond du désaccord avec les Rockefeller. Il n’y a en effet dans la fresque aucun signe qui vient émettre un doute sur les effets de la science. La maîtrise de la nature est une bonne chose pour l’humanité. En revanche, elle ne doit pas être au service d’une élite capitaliste mais du peuple qui travaille, et ce service, Rivera n’a pas de doute là-dessus non plus, c’est le communisme soviétique qui peut l’instaurer.

Si on regarde les productions des dessinateurs de rue d'aujourd'hui, qui sont de lointains héritiers des peintres de fresques de la Renaissance ou des muralistes latino-américains, on voit bien qu’elles ne sont plus nourries de ces certitudes. Entre temps en effet, les inquiétudes écologiques sur les effets du productivisme humain et les interrogations sur le système politique, économique et social à mettre en place sont passés par là…

*****

Je reprends ci-dessous les trois parties de la fresque en explicitant, à partir de notes prises lors d’une visite du Palais des Beaux arts, certains de ses éléments identifiés par des numéros. Cela permet une lecture analytique de l’œuvre qui est un préalable nécessaire à son interprétation.

Partie centrale
L’homme à la croisée des chemins, partie centrale

1 – Sphère contenant des atomes d’oxygène, d’azote et d’hydrogène (symbolisant le pouvoir atomique ?). En dessous, une barre de cristal (représentant la maîtrise de l’énergie atomique ?)

2 – Ellipse de la vie microscopique : des cellules nocives

3 - Ellipse de la vie microscopique : des cellules saines

4 – Ellipse de la vie macroscopique : système solaire et galaxies

5 – Une dynamo permettant de produire de l’électricité

6 – un système d’irrigation assurant le développement de plantes qui plongent leurs racines dans le sol

7 – Lénine tenant les mains d’un ouvrier, d’un paysan et d’un soldat

8 – La vie bourgeoise : jeux de cartes, alcool, tabac, danse

Partie gauche
L’homme à la croisée des chemins, partie gauche

9 – Une statue antique portant une croix chrétienne : les sources de la civilisation européenne ? L’amputation des mains signifie une impuissance, la chute des idoles ?

10 – Charles Darwin montrant du doigt l’évolution des espèces : animaux aquatiques, tortue, serpent, perroquet, singe, veau ( ?), chien, chat ( ?), bébé

11 – Manifestation pacifique à New York d’ouvriers contre le New Deal (« we want work, not charity ») et répression policière

12 – Soldats de la guerre de 1914-1918

Partie droite
L’homme à la croisée des chemins, partie droite

13 – Statue étêtée (sa tête sert de siège aux personnages assis en bas à droite) portant des faisceaux liés par une croix gammée : symbole de la chute du fascisme ?

14 – De gauche à droite, Trotsky, Jay Lovestone[4], Engels et Marx tenant une bannière (« Workers of the world unite in the IVth international »)

15 – Jeunes sportifs

16 – Hommes et femmes du peuple devant la tombe de Lénine sur la Place Rouge

 

[1] La révolution mexicaine s’est déroulée entre 1910 et 1920 sous des formes variées de soulèvements armés, de conflits entre factions et de coups d'État. Ses protagonistes les plus connus en France sont Pancho Villa et Emilio Zapata qui luttaient chacun dans leur zone d’influence pour une réforme agraire qui redistribue les terres des grands propriétaires aux petits paysans.

[2] Guía del Museo del Palacio de Bellas Artes, Ediciones El Viso, Mexico, 2018, p 84

[3] Il est entré au Parti Communiste Mexicain en 1922 ; il en fut expulsé en 1929 du fait de son soutien à Trotsky. De 1937 à 1939, Diego Rivera et Frida Kahlo hébergèrent ce dernier et sa femme dans leur Maison Bleue à Mexico.

[4] Un des fondateurs du Parti Communiste aux Etats-Unis


Comment intégrer la diversité sociale et l’idiosyncrasie dans les débats ?

Retour sur une observation participative du Grand Débat National

Ce Grand Débat a été lancé par le Président de la République au début de cette année, en réponse aux manifestations récurrentes des Gilets Jaunes. En janvier, l’Association Nationale des Médiateurs dont je suis membre a proposé bénévolement ses services à la Mission nationale chargée de son organisation, pour animer des débats. Mettant de côté mes réserves sur ce dispositif descendant, je me suis porté volontaire et j’ai ainsi participé, comme facilitateur, à deux de ces manifestations : celle organisée par la mairie de Reims qui a rassemblé environ 400 citadins et une Conférence régionale qui s’est tenu à Orléans avec 70 citoyens de la région Centre, tirés au sort.

Cette expérience m’a inspiré quelques réflexions sur les obstacles, langagiers et comportementaux, à la participation au débat. Je les présente dans ce bloc-notes car ce sont aussi des freins à un dialogue authentique dans les espaces de travail. Bien que peu évoqués par ceux qui font profession d’animer ces débats, ils sont pourtant facilement constatables.

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Le travail de l’eau dans le désert du Thar (Rajasthan)

Pas de vie sans eau. Pas de milieu qui ne lui soit plus hostile que le désert. Et pourtant, il est certains d’entre eux dans lesquels les hommes ont su, par d’ingénieux et patients systèmes de collecte des eaux de pluie, développer une agriculture capable de les nourrir. Ce fut le cas des Nabatéens à l’époque romaine dans le Néguev ou à Pétra et des Râjasthânis encore aujourd'hui.

Lors de mon voyage en Inde à l’automne dernier, j’ai passé quelques jours à Jaisalmer, la capitale du désert du Thar. J’avais en main les notes d’un très beau livre d'Anupam Mishra [1] que j’avais lu quelques années auparavant. Elles m’ont servi de guide pour chercher puis trouver quelques uns des dispositifs techniques traditionnels qu’il décrit dans son ouvrage et qui ont permis pendant des milliers d’années d’assurer l’autosuffisance alimentaire de ses habitants.

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« Femmes, travailleuses et pauvres. C’est ça qui nous rassemble »

L’année dernière, lors d’un voyage d’étude en Inde auquel je participais, nous avons pu échanger avec deux représentantes [1] d’un syndicat de travailleuses indépendantes, la SEWA [2]. De toutes les rencontres que nous avons faites, c’est celle qui m’a le plus impressionné. J’ai en effet découvert à cette occasion une organisation militante dont le but est d’assurer la promotion économique et sociale des plus déshéritées et qui s’en donne les moyens. A l’heure où en France, les syndicats s’interrogent sur la façon de défendre les travailleurs indépendants face à leurs donneurs d’ordre, il y a là un exemple à méditer.

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Picasso en travail pour accoucher de « La Vie » – 1903

La Vie est une œuvre majeure et énigmatique de la période bleue de Picasso. Elle a fait l’objet d’une longue maturation avant d’aboutir à sa forme définitive et suscite depuis, à la fois de l’admiration, de la perplexité et un grand nombre d’interprétations. Comme la réflexion et les gestes progressifs de l’artiste ont laissé un certain nombre de traces, je me propose de m’appuyer sur celles-ci pour engager une analyse de ce travail, en partie à nouveau frais.

La Vie, Picasso, 1903
La Vie, Picasso, 1903

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Merde !

Caricature Rocha 16-4-2019

C’est le cri du cœur que Rocha, caricaturiste de La Jordana, fait pousser à une gargouille de Notre Dame, entourée par les flammes de l’incendie qui embrase sa cathédrale. En voyage au Mexique, je l’ai découvert dans ce quotidien qui a consacré ses douze premières pages au terrible événement.

En regardant quelques films qui tournent en boucle sur internet, m’est revenu en tête le drame qu’a également connu le 19 septembre 1914 sa sœur de Reims, du fait de bombardements allemands.

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« ÊtreS au Travail », une exposition pour remettre l’humain au centre du travail

L’Organisation Internationale du Travail est fille du Traité de Versailles. Elle a été créée en 1919 autour de l’idée que l’établissement d’un régime universel de travail réellement humain est une condition du maintien de la paix. Elle fête cette année son centième anniversaire.

A cette occasion, une exposition de photographies va être accrochée sur les grilles du Jardin du Luxembourg à Paris à partir de demain et jusqu'au 14 juillet 2019. Son inauguration donnera également lieu à un colloque sur l’avenir du travail qui se tiendra le mercredi 17 avril 2019 au Sénat.

Ces images sont l’œuvre de photographes de Magnum et d’indépendants. Ensemble, elles constituent une sorte d’« hymne à un travail décent, plus juste et plus sûr » [1].

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Cinq ans déjà !

J’ai publié mon premier article sur ce site le 22 décembre 2013. Cela fait donc maintenant 5 ans que je l’anime.

Au départ, mon intention était simplement d’accompagner le lancement de mon livre Le travail contre nature qui allait être édité en juin 2014. Mais au fur et mesure du temps, j’ai éprouvé de plus en plus de plaisir à produire des articles au terme de mes lectures, rencontres, visites ou voyages ; et j'ai infiniment goûté la liberté qu'offrait la toile de pouvoir les publier sans avoir à passer par un tiers. J’ai donc persisté dans cette voie.

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« Construire » de Jean Benoit-Lévy - 1934

Les architectes de la Cité de la Muette à Drancy ont mis en œuvre des principes innovants de construction [1], mais aussi d’aménagements intérieurs afin « de diminuer les travaux forcés de la ménagère » [2]. C’est cette articulation du travail de construction et du travail domestique, ainsi que la spécialisation des tâches – masculines pour le premier, féminines pour le second – qui m’ont intéressées dans ce documentaire de Jean Benoit-Lévy [3].

Cité de la Muette Vue aérienne
Cité de la Muette à Drancy – Vue aérienne

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