2022, une année pour préparer l’avenir ou préserver le passé ?

Le variant Omicron du Covid bat des records de diffusion planétaire. En France, il s’invite au pied de l’arbre de Noël et des fêtes du nouvel an. Autour de 200 000 contaminations par jour, il assurera une vaccination même de ceux qui s’y opposent. Aussi, mon premier vœu pour la nouvelle année fait écho à cette actualité pandémique : je souhaite à tous de la traverser sans autre tracas de santé que des choses bénignes dont on se relève avec juste un peu de patience.

Mais 2022 sera aussi en France une année électorale majeure puisque nous aurons à choisir le Président de la République et la représentation parlementaire.

Pour l’instant, la multiplicité de candidatures règne à gauche et à l’extrême droite, rendant le ticket pour le deuxième tour accessible avec moins de 20 % des voix. Cela se précisera fin janvier. Mais l’essentiel n’est pas là. Il est dans les projets politiques que vont porter les candidats. Au milieu d’une crise multidimensionnelle, planétaire, dans laquelle nous sommes inscrits dans la longue durée, ces projets prépareront-ils l’avenir ou chercheront-ils à préserver le passé générateur de troubles : les inégalités sociales, le productivisme, le gaspillage des ressources fossiles, le nucléaire… ? En tant que citoyen, c’est à cela que je serais attentif : Quel programme oriente l’économie vers des activités réparatrices de la nature et d’utilité sociale universelle : l’agroécologie, les économies d’énergie et les énergies renouvelables, les biens de consommation durable, le réseau de santé publique… ? Quels dispositifs pour réduire les inégalités sociales, pour substituer dans les organisations l’objectif de Qualité de vie au travail à celui de productivité du travail ? Quelles propositions pour la sécurité en Europe et la paix dans le monde ?

Espérons que le débat public soit à la hauteur des enjeux de notre temps et ne se vautre pas dans le marigot des divisions raciales et de la haine des autres. Mais ayons confiance dans la démocratie : elle seule permet que se confrontent les opinions dans leur radicalité et permet qu’une majorité d’idées l’emporte sans toutefois disposer d’un pouvoir absolu. Dans un monde troublé, des États font le choix de s’en écarter, se privant ainsi des régulations qu’elle seule permet. Laissant croire à l’unité d’un peuple qui n’existe pas, ils s’assoient sur des poudrières qu’ils n’empêcheront pas, un jour, d’exploser.

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Chaque année, je profite aussi de ces vœux pour donner quelques nouvelles de la manière dont évolue la consultation de mon bloc-notes. En 2021, sa fréquentation a fortement cru (+28 % par rapport à l’année précédente), peut être pour la même raison qu’en 2020 : une consommation plus forte des ressources de la toile dans une période où nombre d’activités culturelles sont freinées par les restrictions sanitaires ? En moyenne, il fait maintenant l’objet de 74 consultations par jour, de deux pages et demie chacune. Sur la longue durée, cette croissance – 17 fois plus importante en 2020 qu’en 2014, sa première année de fonctionnement –  tient à celle du nombre d’articles qu’on peut y découvrir : plus de 160 aujourd’hui. Progressivement, cela devient une sorte d’encyclopédie culturelle thématique sur le travail dans sa double dimension, sociale et écologique.

Les internautes arrivent sur mon blogue essentiellement par les questions qu’ils posent à leur moteur de recherche. Ce sont ces questions qui créent le classement des articles les plus lus. En 2020, voici quels ont été les vingt premiers :

Titre de l’article

 

Date de publication

 

Rang en 2020

1.          Tripalium, une étymologie populaire… mais fausse

Septembre 2016

1

2.         L’homme à la croisée des chemins, Diego Rivera, 1934

Août 2019

4

3.         Peindre le travail et la reconstruction. Les constructeurs de Fernand Léger

Janvier 2020

5

4.       Jérôme Bosch : Le jardin des délices et du désœuvrement

Janvier 2017

2

5.         Picasso en travail pour accoucher de « La vie » - 1903

Avril 2019

7

6.        Le petit Paradis illustré

Janvier 2017

3

7.        Le pont du Gard, un travail de Romain

Mars 2016

6

8.        Jean-François Millet, peintre de la condition humaine

Mai 2018

8

9.        Toulouse Lautrec et les maisons closes

Septembre 2020

 

10.     Travailler, même au Paradis

Janvier 2017

9

11.       Le tambour chamanique Sami, une représentation de la place des hommes dans le monde

Décembre 2020

 

12.      Jean-François Millet ou la poésie du geste

Avril 2018

10

13.     Faut-il perdre sa vie pour la gagner ?

Mai 2016

11

14.     Le chant du styrène d’Alain Resnais

Mai 2017

13

15.     Les mutations longues du travail : le cas de la médecine dans les sanctuaires d’Esculape

Avril 2020

17

16.     Chanter le travail : Les mains d’or de Bernard Lavilliers

Avril 2021

 

17.      Le Greco : c’est dans la valeur donnée à l’œuvre que se reconnait le travail

Novembre 2020

 

18.     Le travail pénitentiaire

Décembre 2019

18

19.     Les machines

Décembre 2018

15

20.    Les mutations longues du travail : le cas de l’agriculture

Octobre 2016

 

Cinq articles entrent dans ce classement (quatre de 2020 et un de 2016) et en chassent autant. Toutes les années sont représentées sauf les deux premières (2014 et 2015) : quatre de 2016 ; quatre de 2017 ; trois de 2018 ; trois de 2019, cinq de 2020 et un de 2021.

Mais à cette liste, comme l’année dernière, je souhaite ajouter une quintette de mal-aimés ou d’ignorés en 2021 qui auraient mérité mieux ! Ils n’ont que le tort du point de vue des moteurs de recherche de ne pas avoir dans leur titre de quoi les accrocher et les mettre en tête de leurs réponses.

N’hésitez pas à vous plonger dans leur lecture et à les commenter.

Titre de l’article

 

Date de publication

 

1.         Le métier du trédeur, entre virtualité et réel

Mars 2018

2.         Produire sans travailler : les trésors de la terre

Septembre 2015

3.         Le travail et la loi

Septembre 2015

4.       D’un usage politique du travail

Décembre 2014

5.         Le travail domestique, intime et clandestin

Mai 2014


Peinture chinoise et représentations du travail

Si les lettrés ont privilégié la peinture d’idées et l’ont centré sur la relation de l’homme au monde qui l’entoure (voir l’article « La peinture chinoise des lettrés ou comment célébrer l’harmonie de l’homme avec la nature »), la peinture chinoise ne s’est pas limitée à ce thème, ni à ce style. Elle plonge loin dans le temps ses racines, même si ses œuvres les plus antiques sont rarement parvenues jusqu’à nous. La peinture savante n’est qu’une de ses branches, qui apparait au X° siècle sous les Sòng et ne s’est imposée qu’à partir de la dynastie Yuán [1] (1280 – 1367). Dans cette autre peinture – distinguons la de la peinture des lettrés en la qualifiant de professionnelle [2] –, les représentations du travail restent toutefois peu fréquentes. Il existe néanmoins quelques exceptions notables. Ce sont certaines de celles-ci que je me propose de présenter dans ce deuxième article.

Commençons par les témoignages les plus anciens.

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La peinture chinoise des lettrés ou comment célébrer l’harmonie de l’homme avec la nature

La peinture chinoise est pour sa partie la plus édifiante un art du paysage. Que vient-elle donc faire dans un blogue culturel dédié au travail alors que l’homme semble y être absent ? Parce qu’il y est toujours présent bien qu’à peine visible ! C’est dans cette peinture que cette civilisation raffinée, multimillénaire, exprime le mieux sa quête d’harmonie entre l’homme et la nature.

Aujourd’hui, la Chine semble avoir rompu avec cette tradition, embarquée qu’elle est dans un mouvement de renaissance qui en fait un disciple zélé du productivisme occidental : elle est devenue, à marche forcée, l’usine la plus polluante du monde.

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Portrait du Covid 19 en leçon de vie politique

Des hordes de coronavirus poursuivent leur route à travers le monde en chevauchant notre espèce qu’elles trouvent très accueillante. Elles suivent sans but les lois du vivant – celles qui ont produit, aux termes de développements obscurs, l’homo sapiens – et mutent régulièrement, nous laissant augurer de leur présence parmi nous dans la longue durée. Mais si elles suivent ainsi leur chemin, elles croisent violemment les nôtres et dévoilent ainsi la manière dont notre espèce essaie de faire face à l’épreuve pandémique. Si elle est une leçon de vie sauvage (voir Un virus n’est pas un ennemi, mais un collègue en naturalité et Portrait du Covid 19 en leçon de vie sauvage), elle est donc aussi pour nous une leçon de vie politique – cet art sophistiqué d’existence collective propre aux humains.

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Les impressionnistes et leurs successeurs, témoins de l’industrialisation de la France (1870 – 1914) – 2° partie

Cet article est la suite de celui publié le mois dernier. La première partie (à lire évidemment avant la seconde) montrait comment l’industrialisation en France avait abouti à créer sur le territoire de nouveaux paysages entièrement créés de main d’homme et présentait quelques activités manuelles réalisées en plein air, donc facilement observables par des peintres ou des dessinateurs travaillant sur le motif.

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Les impressionnistes et leurs successeurs, témoins de l’industrialisation de la France (1870 – 1914) – 1° partie

Au musée des Beaux Arts de Caen se tenait une exposition que j’avais prévu de voir début novembre quand le rideau du deuxième confinement s’est abaissé sur le monde de la culture, m’en interdisant l’accès. Aussi, c’est seulement à partir de son catalogue « Les villes ardentes. Art, travail, révolte. 1870 – 1914 » que j’ai pu la visiter. Une expérience moins sensuelle évidemment qu’un contact direct avec les œuvres, mais une source très riche pour rendre compte, par l’art de cette époque, du mouvement d’industrialisation qui agitait alors la France.

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Chanter le travail : "Les mains d'or" de Bernard Lavilliers

C’est une idée que j’avais depuis longtemps en tête et que je me décide enfin à mettre en œuvre. J’ouvre aujourd’hui dans mon bloc-notes, sous ce titre générique « Chanter le travail », une nouvelle rubrique. Je présenterai ainsi de temps en temps des chansons qui traitent du travail, directement ou de côté.

Après en avoir beaucoup cherché, la cueillette que j’ai pu réaliser de ces chansons me conduit au constat que chanter le travail, c’est rarement l’enchanter. En effet, les textes en véhiculent le plus souvent une vision négative. Cela n’est guère surprenant car les chansonniers se font les interprètes de leur temps et le travail a mauvaise réputation. Cela ne changera probablement que lorsqu’au lieu d’être soumis à l’impératif productiviste, il sera conçu à la main des hommes et pour qu’ils y déploient la richesse de leur humanité.

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"Nous paysans", l'histoire animée des mutations agricoles

Fin février, France 2 a diffusé un magnifique documentaire sur les mutations qu’a connu ces cent dernières années le travail agricole dans les campagnes françaises : « Nous paysans » de Fabien Béziat et Agnès Poirier.

Nous paysans L'ancien et le nouveau
Quand le nouveau passe devant l'ancien...

Ce qui en fait à mes yeux la grande valeur, outre la qualité de sa construction, c’est la superposition toujours pertinentes d’images d’archives [1] sur le récit raconté par Guillaume Canet ou sur les paroles de paysans d’aujourd’hui.

Je vous suggère, si ce n’est déjà fait, d’aller le visionner sur le site de France 2 où il est encore visible jusqu’au 24 avril 2021.

Pour vous donner un avant-goût de ce que vous allez découvrir, voici l’introduction du film qui affiche clairement son ambition :

Il raconte en image l’histoire des bouleversements du travail de la terre dont j’avais rendu compte dans un article de 2017 que vous pouvez aussi consulter : Une révolution agricole à bout de souffle.

 

[1] Pour faire ses choix très judicieux, Fabien Béziat a collecté 500 heures d’images d’archives qu’il est allé chercher « du côté des cinémathèques régionales (films amateurs) et des actualités filmées des fonds plus traditionnels (Gaumont Pathé, Lobster, Ina…) » (source : entretien du 23 février 2021 pour le CNC).


« The Mechanicals » de Leon Ford ou le travail mort ressuscité

J’ai découvert cet étonnant court métrage grâce à Jean-Patrick Abelsohn de l’Université Populaire Mantoise qui avait engagé une saison de réflexions et conférences intitulée « Autour du travail ». Elle fut malheureusement interrompue par le premier confinement.

Je vous incite à chercher ce petit film en médiathèque, cinémathèque ou sur internet.

The_Mechanicals-Affiche du film

Nous n’avons jamais conscience de la chaine invisible de travail qui nous relie les uns aux autres dès que nous utilisons un objet ou un service produit par des hommes et des machines. Léon Ford a trouvé dans ce court métrage une très belle idée scénographique pour la rendre visible !