En 2019, place au débat d’idées pour un projet européen rénové !

J’adresse aux visiteurs occasionnels ou réguliers de mon bloc-notes, tous mes vœux. Je leur souhaite de trouver sur le chemin de cette nouvelle année ce qui peut leur faire aimer la vie : le bonheur, la santé, l’amitié ou l’amour…

Mais comme la guerre est le pire ennemi du bonheur individuel, ces vœux s’accompagnent d’une espérance politique : que règne la paix et la concorde entre les peuples.

L’Europe, meurtrie par deux guerres mondiales, s’est dotée d’un projet ambitieux de réconciliation des siens en leur proposant de s’inscrire dans une politique d’Union. Mais celle-ci, conçue sous le règne de l’idéologie productiviste et capitaliste, se trouve aujourd’hui prise triplement en défaut. Elle ne permet pas de réduire les inégalités sociales qui sont une source objective de tensions entre les hommes ; elle ne s’est pas dotée des dispositifs démocratiques qui lui permettent de réguler son projet et elle n’arrive pas à rompre avec un modèle économique dévastateur pour la nature qui nous accueille.

Entre le 23 et le 26 mai 2019, tous les citoyens de l’Union européenne vont être appelés aux urnes pour renouveler son Parlement. On sait que le rôle de ce dernier dans la gouvernance européenne est réduit, mais ce sera l’occasion pendant les mois qui précèdent d’un grand débat public sur l’Europe de demain. Nous sommes en effet à la croisée des chemins. En juin 2016, une majorité au Royaume Uni s’est fédérée autour d’un refus, mais aucune n’arrive depuis à se former sur un projet commun. C’est bien là ce qui nous menace : détruire ce que nous avons construit sans être capable de proposer un projet fédérateur qui le remplace.

L’heure est donc à l’idéologie politique et non pas aux logiques d’appareils. Ce qui compte aujourd’hui, ce n’est pas qui gouverne, mais pour quoi faire. Or, sur ce « quoi faire », on trouve beaucoup de recettes éculées qui viennent d’un passé révolu (make the United States or the United Kingdom great again) ou de tentations autoritaires (Poutine en Russie, Erdogan en Turquie, Bolsonaro au Brésil…), mais peu de propositions adaptées au temps futur. Pourtant, elles existent, éparses, mais ils leur manquent le soutien populaire qui les conduise à l’hégémonie.

J’espère donc que 2019 sera l’occasion d’un débat européen de grande qualité, transfrontalier, qui permette aux idées de s’exposer et de s’opposer dans la plus grande clarté autour de ces trois thèmes majeurs : la lutte contre les inégalités, le renforcement de la démocratie européenne et la construction d’un modèle économique respectueux de la nature.


Les machines

C’est le beau sujet proposé au printemps dernier aux candidats à l’agrégation de philosophie, dans le cadre de leur programme d’étude « Travail, techniques, production ». C’est un beau sujet parce qu’il permettait de mobiliser ces trois notions et de préciser, exemples concrets à l'appui, certaines des relations significatives qu’elles peuvent nouer entre elles.

Le rapport du jury sur cette épreuve vient d’être publié. Il présente un double intérêt. Il donne à voir quels ont été les chemins – conduisant parfois à des impasses – empruntés par les candidats, mais aussi quelles étaient les attentes des correcteurs et à travers eux de la philosophie académique.

Je ne vais pas ici rendre compte de ce document qui se suffit à lui-même. Ceux qui le souhaitent peuvent d’ailleurs le télécharger en cliquant iciJe veux simplement souligner quelques points qui, à sa lecture, m’ont particulièrement intéressé, en les complétant le cas échéant de réflexions personnelles.

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Produire sans travailler : les algues bleues-vertes

Ces algues sont les premières traces connues laissées par la vie sur notre terre. Elles remontent à 3.5 milliards d’années pour les plus anciennes [1]. Dans des mers chaudes peu profondes, elles ont formé au fur et à mesure de la croissance de leurs filaments, des concrétions calcaires que l’on appelle des stromatolites.

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Projet de loi PACTE ou comment repenser la place des entreprises dans la société afin que rien ne change

En temps de paix, les entreprises sont les organisations humaines qui agissent le plus massivement sur les hommes et la nature. La spirale productiviste dont elles sont la cheville ouvrière depuis 200 ans détériore massivement les conditions de vie des êtres vivants (les humains et les autres). Agir sur elles est donc logiquement la voie la plus efficace pour redonner des perspectives heureuses à la vie.

Le Gouvernement fait mine de s’y atteler avec le projet de loi PACTE [1] qu'il a transmis à l'Assemblée nationale en septembre. Cette dernière l'a voté en première lecture le 9 octobre et le Sénat l'examinera à son tour à partir de janvier 2019.

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Qui libérera le travail ?

Je reproduis ci-dessous, avec l'autorisation de Patrice Bride, son auteur, un billet qu'il a rédigé suite à sa lecture de Libérer le travail - Pourquoi la gauche s’en moque et pourquoi ça doit changer  de Thomas Coutrot, paru au Seuil cette année.

Ce livre me parait d’une ambition considérable, tenant le pari d’allier profusion et accessibilité des arguments. L’auteur ose aborder les questions majeures de notre époque sous l’angle si souvent négligé du travail, au sens fort de l’activité humaine (et pas seulement de l’emploi). Quelles voies pour une société plus équitable, plus respectueuse de l’environnement par la promotion de « la qualité du travail, exigence vitale » (p. 282) ? Quelle organisation coopérative du travail, contre les pratiques délétères du management taylorien, sans cesse enterré, sitôt renaissant ? Comment expliquer le renoncement des mouvements d’émancipation, « les deux gauches » dans la catégorisation de l’auteur 1, à disputer aux capitalistes le contrôle du contenu du travail ? C’est en soi une réussite du livre : dans une époque où il semble si difficile d’imaginer des alternatives à la compétition économique mortifère, à la prédation à courte vue des ressources minières, aux mirages de la sophistication technologique, aller chercher du côté du « travail vivant » ouvre des perspectives. Le propos est très documenté, tant à propos de l’histoire du mouvement ouvrier et des idées socialistes que dans les approches critiques actuelles. Tout en étant clairement militant, l’auteur ne prétend pas aux vérités définitives. Tout n’est pas convaincant, les arguments s’enchainent à vive allure, le fil de la cohérence est souvent difficile à tenir 2. Mais l’ouvrage a le grand mérite d’inciter à la réflexion, au débat, et même au témoignage 3. Alors, débattons !

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Les Néandertaliens au travail ou comment combiner l'utilité et l'esthétique

 « Si vous regardez des outils de silex de Sapiens, contemporains [de ceux de Neandertalis], une fois que vous en avez vu dix, vous allez vous ennuyer pendant des années parce que les 100 000 suivants seront tous les mêmes. Ce qui n’existe pas chez Néandertal, c’est cette standardisation. Quand vous voyez un de ses produits finis, chaque objet est magnifique et unique, une création, un univers en soi (…) C’est révélateur d’un univers mental qui ne semble pas le même, d’une autre manière de s’inscrire au monde, de penser le monde »

Ludovic Slimak, chercheur au CNRS et spécialiste des sociétés néandertaliennes [1].

Voilà une déclaration tonitruante pour qui s’intéresse au travail contemporain et à la place envahissante et déterminante qui y a prise la standardisation. Est-ce que le bon Dieu qui voulait préserver sa création, ne se serait pas trompé en en confiant les clés à un couple de Sapiens plutôt qu’à des Néandertaliens ?

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Le Futuroscope, l’île aux loisirs

L’association des auditeurs de l’INT est une association rassemblant des employeurs, des syndicalistes et des représentants de l’Etat – des directeurs du travail le plus souvent. Elle organise des visites d’entreprises et des rencontres avec leurs dirigeants et leurs représentants du personnel. Ces visites sont l’occasion d’un dialogue sur la stratégie de l’entreprise, sa situation économique et ses pratiques sociales. En février dernier, c’est dans ce cadre que nous avons été accueillis au Futuroscope par Dominique Hummel, Président du Directoire, la directrice des Ressources humaines et les élus CFDT et UNSA de l’entreprise [1]. En voici le compte-rendu.

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Le voyage en Égypte ancienne, antidote contre l’obsolescence programmée

Pendant les quelques jours passés au Caire, en mars dernier, que j’ai consacrés à admirer les œuvres que nous y a laissées l’Egypte ancienne, j’ai été à nouveau saisi, comme je l’avais été lors d’un voyage précédent à Louqsor, par le contraste entre leur désir d’éternité et notre adoration de l’éphémère. C’est sans doute là que peut le mieux s’appliquer la distinction que proposait Hannah Arendt dans Condition de l’homme moderne [1], entre d’un côté l’œuvre (faber), l’activité par laquelle nous fabriquons nos objets durables et de l’autre le travail (labor), qui est celle qui permet de nourrir le processus biologique de l’homme et ne laisse rien derrière lui. Nous ne serions ainsi que de pauvres travailleurs et les Egyptiens de l’antiquité, des ouvriers.

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Les gens du rail racontent leur travail

Pendant deux mois, la coopérative DireLeTravail va publier tous les jours, sur son site et sur Médiapart, un récit de travail de cheminots. Je participe à cette initiative, à la fois pour collecter des narrations de travailleurs du rail et pour les mettre en récit, mais au-delà pour que le travail sorte du champ privé et secret dans lequel on le place trop souvent et vienne en pleine lumière dans le débat public, pour éclairer les citoyens sur les enjeux qu’il recèle, politiques, sociaux et écologiques.

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