Cinq ans déjà !

J’ai publié mon premier article sur ce site le 22 décembre 2013. Cela fait donc maintenant 5 ans que je l’anime.

Au départ, mon intention était simplement d’accompagner le lancement de mon livre Le travail contre nature qui allait être édité en juin 2014. Mais au fur et mesure du temps, j’ai éprouvé de plus en plus de plaisir à produire des articles au terme de mes lectures, rencontres, visites ou voyages ; et j'ai infiniment goûté la liberté qu'offrait la toile de pouvoir les publier sans avoir à passer par un tiers. J’ai donc persisté dans cette voie.

En cinq ans, j’ai publié 120 textes, dont trois qui ne sont pas de mon cru (merci à Xavier Baron, Patrice Bride et Didier Martz). C’est devenu avec le temps un blogue culturel sur le travail, traité sous son double aspect, social et écologique. C’est ce qui fait, je pense, son originalité. C’est d’ailleurs un des aiguillons de ma motivation pour persévérer. Il en est un second, important aussi, qui réside dans l’évolution de sa fréquentation. Elle reste modeste avec, en moyenne, une vingtaine de sessions par jour et trois pages consultées par session, mais elle progresse chaque année, comme le montre le graphique ci-dessous.

Bilan 5 ans sessions pages

En 2018, elle a connue un doublement de fréquentation dû pour une grande part au succès de 2 ou 3 articles qui apparaissent dans les premières lignes des moteurs de recherche sur les sujets qu’ils traitent. C’est le cas notamment de celui sur l’étymologie du mot « travail » qui représente à lui seul un tiers des consultations.

Je ne sais pas ce que font les visiteurs qui arrivent sur mon blogue : lisent-ils les textes ? les survolent-ils ? feuillettent-ils des pages pour voir quels sujets y sont traités ? Y trouvent-ils des réflexions qui les intéressent ou les surprennent ? Je ne dispose que de quelques indices purement formels :

  • Le taux de rebond [1] n’a cessé de décroître pour devenir quasiment nul depuis deux ans. Cela signifie que les visiteurs arrivent souvent sur mon bloc-notes au hasard de leurs questions, mais qu’une fois arrivés ils y consultent plusieurs articles.

Taux de rebond 2014-2018

  • Les abonnés à mon bloc-notes sont informés de chaque nouvelle parution d’article par un mel. Leur nombre est faible, même si il croit ; il tend à plafonner.

Nb d'abonnés 2013-2018

L’évolution de la fréquentation sur mon site tient de plus en plus au référencement naturel [2]. A certaines questions que se posent les internautes, les moteurs de recherche répondent en plaçant des articles ou des images publiés sur mon bloc-notes dans une position honorable, c'est-à-dire dans les premières lignes.

Référencement naturel 2014-2018

Google fournit de temps en temps des informations sur les questions posées par les internautes qui les ont conduit sur mon site. Depuis 2016, j’en ai recensé une centaine. J’ai ainsi pu constater que le positionnement de mon blogue dans les réponses évolue avec le temps, car de nouvelles publications apparues sur la toile peuvent l’éloigner dans le classement. Par exemple, en septembre 2016, celui qui tapait dans son moteur de recherche « les pensées sur le travail domestique » se voyait proposé comme 1° image une peinture de Larsson et en cliquant dessus arrivait sur mon article « le travail domestique, intime et clandestin » d’où elle était tirée. Aujourd'hui, aucune œuvre de Larsson n’apparaît plus dans les images lorsque l’on tape ce même texte. Parfois, au contraire, la référence à mon blogue peut progresser dans le classement : en octobre 2016, « pont en construction dessin » faisait apparaître en 2° ligne des images un croquis du Pont du Gard tiré de mon article « Le Pont du Gard, un travail de Romain ». Aujourd'hui, cette illustration est la 1° de toutes les images.

Parmi les curieux chemins du référencement naturel, je ne résiste pas à citer celui dont bénéficie mon article « Kafka, écartelé entre son travail et le bureau ». Il se trouve que, dans le corps du texte, je propose de télécharger la lettre d'augmentation de salaire qu'il a adressé à son employeur. Or, beaucoup d'internautes, en quête probablement d'inspiration ou de modèles, sollicitent leur moteur de recherche sur ce thème. Parmi beaucoup d'exemples qui leur sont proposés, ils tombent sur la lettre de Kafka et la téléchargent. Cela ne les conduit pas sur mon site, mais en ouvrant la lettre, ils en découvrent l'origine et certains, semble t'il, poussent la curiosité jusqu'à aller consulter l'article d'où elle est issue !

Au milieu de beaucoup de bizarreries de ce genre, parfois, j’ai l’agréable surprise de voir mon blogue mis en avant sur ce qui est le cœur de son projet. Ainsi, le mois dernier « réflexion sur le travail contemporain » débouchait sur des articles de mon site en première et deuxième position des réponses fournies par le moteur de recherche : « le philosophe face au travail contemporain » puis « nouvelles réflexions Penser le travail autrement ».

Pour conclure sur ce bilan, je reproduis ci-dessous, dans un ordre décroissant les vingt articles de mon bloc-notes qui ont été les plus consultés en 2018. Cette liste peut être analysée comme un inventaire de sujets qui intéressent des internautes, dont le traitement est suffisamment original ou spécifique pour les orienter vers mon blogue.

Titre de l’article

 

Date de publication

 

1.      Tripalium, une étymologie populaire… mais fausse

Septembre 2016

 

2.      Le petit Paradis illustré

Janvier 2017

 

3.      Le pont du Gard, un travail de Romain

Mars 2016

 

4.      Jérôme Bosch : Le jardin des délices et du désœuvrement

Janvier 2017

 

5.      Faut-il perdre sa vie pour la gagner ?

Mai 2016

 

6.      Le chant du styrène d’Alain Resnais

Mai 2017

 

7.      La leçon de labourage

Avril 2014

 

8.      Les mutations longues du travail : le cas de l’agriculture

Octobre 2016

 

9.      Jean-François Millet, peintre de la condition humaine

 

Mai 2018

10.   Les gens du rail racontent leur travail

 

Mai 2018

 

11.   Le forgeron de Paul Klee

Juillet 2016

 

12.   Travailler, même au Paradis

Janvier 2017

 

13.   Peut-on manager pour renforcer le lien social ?

Novembre 2016

 

14.   « Travail, techniques, production » à l’Agrégation de philosophie 2018

Octobre 2017

 

15.   Le travail est-il seulement un instrument de torture ?

Janvier 2014

 

16.   Le philosophe face au travail contemporain

Juin 2017

 

17.   La nature escamotée du travail : le cas Marx

Juin 2015

 

18.   Kafka, écartelé entre son travail et le bureau

Avril 2016

 

19.   Hokusai ou le travail japonais avant Toyota

Juin 2015

 

20.   Le voyage en Egypte ancienne, antidote contre l’obsolescence programmée

Juin 2018

 

 

Mais à cette liste, je souhaite ajouter une quintette de mal-aimés ou d’ignorés en 2018 qui mériteraient mieux !

N’hésitez pas à vous plonger dans leur lecture et à les commenter.

Titre de l’article

 

Date de publication

 

1.      Le revenu universel, fossoyeur ou rédempteur du travail ?

Mars 2017

 

2.      Penser le travail pour penser l’écologie politique

Janvier 2016

 

3.      Le travail domestique, intime et clandestin

Mai 2014

 

4.      Que vaut le travail éducatif ?

Novembre 2014

 

5.      Les risques psychosociaux sont-ils un objet scientifique ?

Mai 2014

 

 

 

[1] Le rebond est le fait d’arriver sur un site et de ne plus ensuite avoir d’interaction avec lui. Soit l’internaute a été mal orienté et repart aussitôt, soit il n’est venu que pour consulter la page sur laquelle il est arrivé.

[2] Le référencement naturel est celui que réalisent les moteurs de recherche. L’internaute, en tapant sa phrase ou sa question, se voit proposer des résultats. Lorsqu’un site apparait en début de liste, la probabilité qu’il le visite est très forte.


« Construire » de Jean Benoit-Lévy - 1934

Les architectes de la Cité de la Muette à Drancy ont mis en œuvre des principes innovants de construction [1], mais aussi d’aménagements intérieurs afin « de diminuer les travaux forcés de la ménagère » [2]. C’est cette articulation du travail de construction et du travail domestique, ainsi que la spécialisation des tâches – masculines pour le premier, féminines pour le second – qui m’ont intéressées dans ce documentaire de Jean Benoit-Lévy [3].

Cité de la Muette Vue aérienne
Cité de la Muette à Drancy – Vue aérienne

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En 2019, place au débat d’idées pour un projet européen rénové !

J’adresse aux visiteurs occasionnels ou réguliers de mon bloc-notes, tous mes vœux. Je leur souhaite de trouver sur le chemin de cette nouvelle année ce qui peut leur faire aimer la vie : le bonheur, la santé, l’amitié ou l’amour…

Mais comme la guerre est le pire ennemi du bonheur individuel, ces vœux s’accompagnent d’une espérance politique : que règne la paix et la concorde entre les peuples.

L’Europe, meurtrie par deux guerres mondiales, s’est dotée d’un projet ambitieux de réconciliation des siens en leur proposant de s’inscrire dans une politique d’Union. Mais celle-ci, conçue sous le règne de l’idéologie productiviste et capitaliste, se trouve aujourd’hui prise triplement en défaut. Elle ne permet pas de réduire les inégalités sociales qui sont une source objective de tensions entre les hommes ; elle ne s’est pas dotée des dispositifs démocratiques qui lui permettent de réguler son projet et elle n’arrive pas à rompre avec un modèle économique dévastateur pour la nature qui nous accueille.

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Les machines

C’est le beau sujet proposé au printemps dernier aux candidats à l’agrégation de philosophie, dans le cadre de leur programme d’étude « Travail, techniques, production ». C’est un beau sujet parce qu’il permettait de mobiliser ces trois notions et de préciser, exemples concrets à l'appui, certaines des relations significatives qu’elles peuvent nouer entre elles.

Le rapport du jury sur cette épreuve vient d’être publié. Il présente un double intérêt. Il donne à voir quels ont été les chemins – conduisant parfois à des impasses – empruntés par les candidats, mais aussi quelles étaient les attentes des correcteurs et à travers eux de la philosophie académique.

Je ne vais pas ici rendre compte de ce document qui se suffit à lui-même. Ceux qui le souhaitent peuvent d’ailleurs le télécharger en cliquant iciJe veux simplement souligner quelques points qui, à sa lecture, m’ont particulièrement intéressé, en les complétant le cas échéant de réflexions personnelles.

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Produire sans travailler : les algues bleues-vertes

Ces algues sont les premières traces connues laissées par la vie sur notre terre. Elles remontent à 3.5 milliards d’années pour les plus anciennes [1]. Dans des mers chaudes peu profondes, elles ont formé au fur et à mesure de la croissance de leurs filaments, des concrétions calcaires que l’on appelle des stromatolites.

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Projet de loi PACTE ou comment repenser la place des entreprises dans la société afin que rien ne change

En temps de paix, les entreprises sont les organisations humaines qui agissent le plus massivement sur les hommes et la nature. La spirale productiviste dont elles sont la cheville ouvrière depuis 200 ans détériore massivement les conditions de vie des êtres vivants (les humains et les autres). Agir sur elles est donc logiquement la voie la plus efficace pour redonner des perspectives heureuses à la vie.

Le Gouvernement fait mine de s’y atteler avec le projet de loi PACTE [1] qu'il a transmis à l'Assemblée nationale en septembre. Cette dernière l'a voté en première lecture le 9 octobre et le Sénat l'examinera à son tour à partir de janvier 2019.

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Qui libérera le travail ?

Je reproduis ci-dessous, avec l'autorisation de Patrice Bride, son auteur, un billet qu'il a rédigé suite à sa lecture de Libérer le travail - Pourquoi la gauche s’en moque et pourquoi ça doit changer  de Thomas Coutrot, paru au Seuil cette année.

Ce livre me parait d’une ambition considérable, tenant le pari d’allier profusion et accessibilité des arguments. L’auteur ose aborder les questions majeures de notre époque sous l’angle si souvent négligé du travail, au sens fort de l’activité humaine (et pas seulement de l’emploi). Quelles voies pour une société plus équitable, plus respectueuse de l’environnement par la promotion de « la qualité du travail, exigence vitale » (p. 282) ? Quelle organisation coopérative du travail, contre les pratiques délétères du management taylorien, sans cesse enterré, sitôt renaissant ? Comment expliquer le renoncement des mouvements d’émancipation, « les deux gauches » dans la catégorisation de l’auteur 1, à disputer aux capitalistes le contrôle du contenu du travail ? C’est en soi une réussite du livre : dans une époque où il semble si difficile d’imaginer des alternatives à la compétition économique mortifère, à la prédation à courte vue des ressources minières, aux mirages de la sophistication technologique, aller chercher du côté du « travail vivant » ouvre des perspectives. Le propos est très documenté, tant à propos de l’histoire du mouvement ouvrier et des idées socialistes que dans les approches critiques actuelles. Tout en étant clairement militant, l’auteur ne prétend pas aux vérités définitives. Tout n’est pas convaincant, les arguments s’enchainent à vive allure, le fil de la cohérence est souvent difficile à tenir 2. Mais l’ouvrage a le grand mérite d’inciter à la réflexion, au débat, et même au témoignage 3. Alors, débattons !

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Les Néandertaliens au travail ou comment combiner l'utilité et l'esthétique

 « Si vous regardez des outils de silex de Sapiens, contemporains [de ceux de Neandertalis], une fois que vous en avez vu dix, vous allez vous ennuyer pendant des années parce que les 100 000 suivants seront tous les mêmes. Ce qui n’existe pas chez Néandertal, c’est cette standardisation. Quand vous voyez un de ses produits finis, chaque objet est magnifique et unique, une création, un univers en soi (…) C’est révélateur d’un univers mental qui ne semble pas le même, d’une autre manière de s’inscrire au monde, de penser le monde »

Ludovic Slimak, chercheur au CNRS et spécialiste des sociétés néandertaliennes [1].

Voilà une déclaration tonitruante pour qui s’intéresse au travail contemporain et à la place envahissante et déterminante qui y a prise la standardisation. Est-ce que le bon Dieu qui voulait préserver sa création, ne se serait pas trompé en en confiant les clés à un couple de Sapiens plutôt qu’à des Néandertaliens ?

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Le Futuroscope, l’île aux loisirs

L’association des auditeurs de l’INT est une association rassemblant des employeurs, des syndicalistes et des représentants de l’Etat – des directeurs du travail le plus souvent. Elle organise des visites d’entreprises et des rencontres avec leurs dirigeants et leurs représentants du personnel. Ces visites sont l’occasion d’un dialogue sur la stratégie de l’entreprise, sa situation économique et ses pratiques sociales. En février dernier, c’est dans ce cadre que nous avons été accueillis au Futuroscope par Dominique Hummel, Président du Directoire, la directrice des Ressources humaines et les élus CFDT et UNSA de l’entreprise [1]. En voici le compte-rendu.

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Le voyage en Égypte ancienne, antidote contre l’obsolescence programmée

Pendant les quelques jours passés au Caire, en mars dernier, que j’ai consacrés à admirer les œuvres que nous y a laissées l’Egypte ancienne, j’ai été à nouveau saisi, comme je l’avais été lors d’un voyage précédent à Louqsor, par le contraste entre leur désir d’éternité et notre adoration de l’éphémère. C’est sans doute là que peut le mieux s’appliquer la distinction que proposait Hannah Arendt dans Condition de l’homme moderne [1], entre d’un côté l’œuvre (faber), l’activité par laquelle nous fabriquons nos objets durables et de l’autre le travail (labor), qui est celle qui permet de nourrir le processus biologique de l’homme et ne laisse rien derrière lui. Nous ne serions ainsi que de pauvres travailleurs et les Egyptiens de l’antiquité, des ouvriers.

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