Le travail de l’eau dans le désert du Thar (Rajasthan)

Pas de vie sans eau. Pas de milieu qui ne lui soit plus hostile que le désert. Et pourtant, il est certains d’entre eux dans lesquels les hommes ont su, par d’ingénieux et patients systèmes de collecte des eaux de pluie, développer une agriculture capable de les nourrir. Ce fut le cas des Nabatéens à l’époque romaine dans le Néguev ou à Pétra et des Râjasthânis encore aujourd'hui.

Lors de mon voyage en Inde à l’automne dernier, j’ai passé quelques jours à Jaisalmer, la capitale du désert du Thar. J’avais en main les notes d’un très beau livre d'Anupam Mishra [1] que j’avais lu quelques années auparavant. Elles m’ont servi de guide pour chercher puis trouver quelques uns des dispositifs techniques traditionnels qu’il décrit dans son ouvrage et qui ont permis pendant des milliers d’années d’assurer l’autosuffisance alimentaire de ses habitants.

Loin de moi, en consacrant un article sur un système traditionnel de collecte d’eau, l’idée de promouvoir ces systèmes. Nous ne sortirons pas de l’impasse écologique dans laquelle nous sommes par un retour en arrière, mais au contraire en nous appuyant sur les techniques les plus actuelles et en continuant d’innover. La technique n’est pas un égarement de notre humanité, mais un de ses attributs spécifiques. C’est une incarnation de notre intelligence collective, transmise et amplifiée de génération en génération. Elle ne saurait devenir un problème que dans l’usage qu’on en fait. Bien orientée, elle devient une aide pour résoudre certains de nos maux.

Néanmoins, il est des vertus des dispositifs sociotechniques du passé qui peuvent aujourd'hui encore être sources d’inspiration : ils ont été conçus pour s’inscrire dans la plus longue durée possible ; ils ont été fabriqués sans dépendre de ressources matérielles extérieures au territoire ; leur construction et leur maintenance est assurée collectivement par la communauté locale qui en bénéficie. La gestion traditionnelle de l’eau au Rajasthan illustre parfaitement ces trois vertus.

Retenir chaque goutte d’eau qui tombe sur le sol…

Le Thar est une terre aride sur laquelle 90 % de l’eau qu’elle reçoit [2] ne tombe que pendant certains jours des mois de mousson, sous une température de plomb. Naturellement, cette eau ne fait que passer – torrentiellement –, et ne saurait donc satisfaire les besoins quotidiens et annuels de la vie animale ou humaine. Mais une longue et riche tradition a produit sur cette terre des centaines de bassins ou de réservoirs, des milliers de puits étroits et de lacs qui ont permis à une nombreuse population indienne d’y prospérer. Cette tradition locale est aujourd'hui en voie de disparition car de grands travaux d’infrastructures apportent désormais l’eau courante dans ses villes et beaucoup de ses villages en la faisant venir d’ailleurs.

Il subsiste néanmoins de nombreuses traces de ces réalisations, dont certaines sont toujours en fonctionnement. C’est ce que j’ai pu voir à Jaisalmer et dans certains des villages qui l’environnent. En voici un rapide tour d’horizon.

Les réservoirs

L’eau peut être recueillie en organisant une légère inclinaison des bâtis (toits ou terrasses devant les maisons) et l’écoulement des eaux de pluie vers une citerne (tânkâ en hindi). C’est ce système qui est encore visible, pour peu que l’on y soit attentif, lorsque l’on visite le palais du maharaja dans la citadelle de Jaisalmer. L’eau de pluie tombant sur le sol est conduit par des réceptacles-entonnoirs et des goulottes d’étage en étage jusqu’à la citerne placée sous le Palais.

Jaisalmer La citadelle receptacle
Réceptacle-entonnoir d’évacuation de l’eau de pluie, citadelle de Jaisalmer. Rajasthan

 

Jaisalmer La citadelle goulotte d'évacuation
Goulotte d’évacuation de l’eau de pluie, citadelle de Jaisalmer. Rajasthan

Pour que l’eau ainsi recueillie soit la moins souillée possible, aux premiers signes de pluie les surfaces de collecte étaient soigneusement nettoyées.

Aujourd'hui, pour favoriser le développement du tourisme, l’eau courante a été installée dans la citadelle. Mais c’est un système qui la ronge car les égouts pour recueillir les abondantes eaux usées sont insuffisants. Celles-ci, fautes d’évacuation, pénètrent dans les fondations de grès et les désagrège. C’est ainsi qu’en 1993, les deux tiers de la forteresse se sont effondrés et que des rénovations sont toujours en cours sans que le problème soit corrigé à la source.

A contrario, le système traditionnel de recueil [3] conduisait à un usage raisonné de l’eau qui n’avait jamais mis en péril l’édifice.

Les lacs

Un dispositif traditionnel analogue a également été mis au point pour collecter l’eau, mais sur de très grandes surfaces non bâties (âgor en hindi) et la conduire le long de pentes et murets vers un point bas où elle forme un lac. Celui de Gharsîvar à Jaisalmer s’étend sur 200 km2. Son âgor, finalisé en 1335 par le maharaja de Jaisalmer, est si vaste que son trop plein se déverse dans neuf lacs successifs, sur une longueur de 6 kilomètres. Pour toute la ville, c’est d’ici que part l’eau. Le lac est entouré sur sa première partie de temples, de gradins (ghats en hindi) et de pavillons.

Jaisalmer Lac de Gharsîvar
Lac de Gharsîvar à Jaisalmer. Rajasthan

C’est un lac artificiel permanent. Il devait être alimenté par le canal Indira Gandhi, mais le pipe-line s’étant rompu, ce sont toujours les eaux de pluie qui le remplisse, même si des constructions récentes ont détérioré le plan d’origine.

A Bada Bagh, un village situé à 6 kilomètres au nord de Jaisalmer, un lac a également été construit, juste en dessous de la nécropole des maharajas. C’est un lac temporaire qui était à sec quand je l’ai visité en novembre.

Bada Bagh Lac asséché
Lac de Bada Bagh, à sec en novembre. Rajasthan
Bada Bagh Barrage du lac temporaire
Lac temporaire de Bada Bagh. Vue sur le barrage. Rajasthan

Dans le désert du Thar, les rivières sont temporaires. Mais là où il est possible de retenir ces eaux éphémères, des digues sont construites qui forment des étangs (khadîn en hindi) et retiennent l’eau afin qu’elle pénètre profondément et lentement dans le sol. Celle-ci va donc peu à peu disparaître, mais des céréales pourront être cultivées sur la terre humidifiée.

Bada Bagh Barrage de retenue d’une rivière temporaire
Barrage de retenue d’une rivière temporaire. Bada Bagh. Rajasthan

Les puits

L’autre grand système d’approvisionnement en eau consiste à aller la chercher, grâce à des puits, dans les nappes phréatiques.

Un sourcier (sîrvî en hindi) localise l’eau souterraine, puis un kîniyan creuse le puits. Dans les zones les plus arides, ils peuvent atteindre 100 à 130 mètres de profondeur.

A côté ou au-dessus de ces puits sont édifiés des ouvrages qui vont permettre de remonter l’eau d’une grand hauteur : margelle, poulie, poteaux, bassins de vidange notamment. Les pierres sont jointes par des mortiers de chaux. Ceux-ci sont fabriqués à partir de la même pierre que le ciment. Mais alors qu’une fois durci, un mortier bien posé aura une durée de vie de 200 à 600 ans et ne laissera pas s’infiltrer l’eau, le ciment ne tiendra lui que 40 ans, 100 ans au maximum, et la laissera passer.

Dans les puits peu profonds et bien alimentés, une outre en cuir (sûndiyâ en hindi) va servir à puiser l’eau. Deux vaches et un bouvier qui les conduit (khâmhbî) vont assurer sa remontée ; l’outre va se vider d’elle-même dans un réservoir lorsqu'elle arrive au bord du puits. C’est ce manège que j’ai pu voir et filmer :

Aujourd'hui, on voit beaucoup de pompes motorisées chargées de remonter l’eau, mais aussi beaucoup qui sont en panne et ne sont pas réparées.

Bada Bagh Puits avec pompe motorisée pour remonter l’eau
Puits avec pompe motorisée pour remonter l’eau. Bada Bagh. Rajasthan

Dans certaines zones du désert, des nappes phréatiques sont saumâtres. Lorsqu’il existe une couche de gypse qui empêche l’eau de descendre jusqu’à elles, des puits appelés kuîns sont alors creusés. Ils vont recueillir l’eau de pluie par capillarité. Celle-ci suinte lentement du sable pour délivrer 40 à 60 litres par jour. Le puits est large de 4 à 5 coudées (2 mètres environ) à son sommet puis devient très étroit à sa base, afin d’avoir une hauteur d’eau suffisante pour la puiser. Le puisatier doit donc creuser dans des conditions difficiles et sous une forte chaleur. Pendant qu’il travaille, du sable est régulièrement jeté dans le puits afin de renouveler l’air qu’il respire.

Puisatier dans une kuîn Rajasthan
Puisatier creusant une kuîn. Illustration Anupam Mishra


… pour cultiver le désert

Si ces eaux peuvent servir à l’alimentation des hommes et des animaux, c’est évidemment à l’agriculture qu’elle est pour l’essentiel consacrée.

J’ai pu encore filmer quelques traces d’une agriculture traditionnelle à Bada Bagh. C’est un village proche de Jaisalmer qui porte bien son nom, « Grand Jardin » en rajasthani. Le manège de remontée d’eau du puits permettait d’approvisionner des canalisations en terre ou en pierre qui conduisait l’eau jusqu’à un jardin où un ouvrier la distribuait dans de petites parcelles.

Un peu plus loin deux hommes repiquaient de l’ail dans un de ces lopins de terre.

A un autre endroit, dans une zone plus vaste, une terre encore humide était labourée avec l’aide de deux bœufs attelés à une charrue.

Un savoir et des usages qui se perdent

Jusqu'au XIX° siècle, il n’y avait au Rajasthan ni propriété privée ni propriété collective, mais des biens communs exploités selon des règles communautaires : « L’organisation de (ce travail de l’eau), la société ne l’a confié ni à l’Etat Rajasthan, ni au gouvernement indien. Elle l’a remis au contrôle privé (…) en une sorte de droit coutumier. Ce sont les villageois eux-mêmes dans chaque foyer qui ont donné forme à cette structure, l’ont assumé et l’ont développé plus avant » [4].

Anupam Mishra dans son traité trouve des accents lyriques pour rendre compte de cette gestion traditionnelle de l’eau : « Nul ne sait quand (la société du Rajasthan) a élevé au rang de pratique systématique cette œuvre immense (…) qui aujourd'hui fond en une seule et même âme l’ensemble de la société toute entière. Forme assez immense pour s’imposer aux quelques 30 000 villages et 300 villes, à chaque kasba et se faire l’infini sans forme » [5]

Mais cette « fusion des âmes » dans un projet commun appartient pour l’essentiel au passé. Il a subi, à partir du XIX° siècle, les coups de butoir de la colonisation britannique qui a privatisé les biens et étatisé les projets d’infrastructure. Ce double mouvement a été confirmé et amplifié avec l’indépendance indienne au milieu du XX° siècle. La modernisation assurée par de grands projets (barrages, vallées fluviales, canal Indira Gandhi…) a écarté les habitants de la gestion de leur milieu naturel. En parallèle, toutes les institutions du territoire ont mis une croix sur cette histoire locale : « (Ce travail de l’eau), on peut en voir partout la marque concrète dans n’importe quel coin du Rajasthan, mais il brille par son absence dans les écoles et l’enseignement, les livres et les bibliothèques. Cette tradition (…) ne se conserve que dans la mémoire des gens du peuple » [6].

Finalement, la gestion modernisée de l’eau dans le désert du Thar a placé sous une dépendance multiforme la population locale. Elle l’a déresponsabilisé de cette gestion, en remettant à une organisation supérieure la mission de la penser et de l’assurer. Elle utilise des outils et dispositifs techniques qui ne sont plus conçus localement, qui supposent des investissements hors de portée des bourses villageoises et qui n’offrent pas les mêmes garanties d’efficacité et de qualité que les précédentes, plus modestes mais conçues pour durer.

Notre enjeu planétaire est aujourd'hui de développer une activité productive sobre, qui ne consomme pas plus que ce que la terre est capable de supporter. L’un des moyens de le relever, c’est de retrouver de l’autonomie locale dans la gestion des communs et que les sociétés locales administrent elle-même leur vie quotidienne. Les grands projets ne disparaîtraient pas, mais au lieu de déresponsabiliser les populations, ils viendraient en complément et en appui de leur action.

L’exemple de la gestion traditionnelle de l’eau au Rajasthan montre que c’est possible.

 

[1] Anupam Mishra, Traditions de l’eau dans le désert indien. Les gouttes de lumière du Rajasthan, traduit de l’hindi par Annie Montaut, L’harmattan, Paris, 2000

[2] Il tombe 160 mm d’eau par an à Jaisalmer, répartie sur une dizaine de jours. La température oscille entre 27 et 43° C juste avant la mousson qui s’étend de juillet à septembre.

[3] Le plus grand des réservoirs ainsi alimenté a été construit il y a 350 ans dans le fort de Jaigarh, près de Jaipur. Il peut contenir trente millions de litres d’eau !

[4] Anupam Mishra, Ibidem, p 68

[5] Idem

[6] Ibidem, p 136


« Femmes, travailleuses et pauvres. C’est ça qui nous rassemble »

L’année dernière, lors d’un voyage d’étude en Inde auquel je participais, nous avons pu échanger avec deux représentantes [1] d’un syndicat de travailleuses indépendantes, la SEWA [2]. De toutes les rencontres que nous avons faites, c’est celle qui m’a le plus impressionné. J’ai en effet découvert à cette occasion une organisation militante dont le but est d’assurer la promotion économique et sociale des plus déshéritées et qui s’en donne les moyens. A l’heure où en France, les syndicats s’interrogent sur la façon de défendre les travailleurs indépendants face à leurs donneurs d’ordre, il y a là un exemple à méditer.

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« Construire » de Jean Benoit-Lévy - 1934

Les architectes de la Cité de la Muette à Drancy ont mis en œuvre des principes innovants de construction [1], mais aussi d’aménagements intérieurs afin « de diminuer les travaux forcés de la ménagère » [2]. C’est cette articulation du travail de construction et du travail domestique, ainsi que la spécialisation des tâches – masculines pour le premier, féminines pour le second – qui m’ont intéressées dans ce documentaire de Jean Benoit-Lévy [3].

Cité de la Muette Vue aérienne
Cité de la Muette à Drancy – Vue aérienne

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Les Néandertaliens au travail ou comment combiner l'utilité et l'esthétique

 « Si vous regardez des outils de silex de Sapiens, contemporains [de ceux de Neandertalis], une fois que vous en avez vu dix, vous allez vous ennuyer pendant des années parce que les 100 000 suivants seront tous les mêmes. Ce qui n’existe pas chez Néandertal, c’est cette standardisation. Quand vous voyez un de ses produits finis, chaque objet est magnifique et unique, une création, un univers en soi (…) C’est révélateur d’un univers mental qui ne semble pas le même, d’une autre manière de s’inscrire au monde, de penser le monde »

Ludovic Slimak, chercheur au CNRS et spécialiste des sociétés néandertaliennes [1].

Voilà une déclaration tonitruante pour qui s’intéresse au travail contemporain et à la place envahissante et déterminante qui y a prise la standardisation. Est-ce que le bon Dieu qui voulait préserver sa création, ne se serait pas trompé en en confiant les clés à un couple de Sapiens plutôt qu’à des Néandertaliens ?

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Le Futuroscope, l’île aux loisirs

L’association des auditeurs de l’INT est une association rassemblant des employeurs, des syndicalistes et des représentants de l’Etat – des directeurs du travail le plus souvent. Elle organise des visites d’entreprises et des rencontres avec leurs dirigeants et leurs représentants du personnel. Ces visites sont l’occasion d’un dialogue sur la stratégie de l’entreprise, sa situation économique et ses pratiques sociales. En février dernier, c’est dans ce cadre que nous avons été accueillis au Futuroscope par Dominique Hummel, Président du Directoire, la directrice des Ressources humaines et les élus CFDT et UNSA de l’entreprise [1]. En voici le compte-rendu.

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Le voyage en Égypte ancienne, antidote contre l’obsolescence programmée

Pendant les quelques jours passés au Caire, en mars dernier, que j’ai consacrés à admirer les œuvres que nous y a laissées l’Egypte ancienne, j’ai été à nouveau saisi, comme je l’avais été lors d’un voyage précédent à Louqsor, par le contraste entre leur désir d’éternité et notre adoration de l’éphémère. C’est sans doute là que peut le mieux s’appliquer la distinction que proposait Hannah Arendt dans Condition de l’homme moderne [1], entre d’un côté l’œuvre (faber), l’activité par laquelle nous fabriquons nos objets durables et de l’autre le travail (labor), qui est celle qui permet de nourrir le processus biologique de l’homme et ne laisse rien derrière lui. Nous ne serions ainsi que de pauvres travailleurs et les Egyptiens de l’antiquité, des ouvriers.

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Le métier du trader, entre virtualité et réel

Il est nombre de métiers contemporains dont l’image faillit à rendre compte, car trop de choses lui sont invisibles. La bande dessinée, elle, échappe à cette fatalité comme le montre Hedge Fund [1] à propos du travail du trédeur [2]. L’un de ses auteurs, Philippe Sabbah [3], est un praticien expérimenté de la finance. Elle va me servir de support à une réflexion sur cette activité emblématique du capitalisme contemporain.

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Une révolution agricole à bout de souffle

Le terme de « révolution » est de nos jours assez galvaudé et on s’y perd souvent dans leurs nombres et leurs temporalités. Un article récent par exemple annonce une septième révolution agricole, sans préciser quelles étaient les précédentes [1]. Il me semble toutefois parfaitement légitime d’utiliser cette expression pour ces 200 dernières années dans la mesure où elles ont effectivement abouti à renverser la démographie professionnelle de notre pays ainsi que je l’ai montré précédemment (« Les mutations longues du travail : le cas de l’agriculture »). Mais cela ne signifie pas pour autant que son moteur ait été le même sur toute cette période. Cela peut d’ailleurs être un sujet d’étonnement, car tout s’est passé comme si, lorsqu'une dynamique productive s’étiolait, une autre prenait le relais, comme si donc une volonté productiviste largement partagée était à l’œuvre en arrière-plan et donnait son unité à l’ensemble de la période.

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La révolution du travail agricole en trois représentations

J’ai extrait de l’article que je publierai le mois prochain, les images commentées qui illustraient chacune des trois époques de cette révolution. Elles figurent ici comme amorce d’une explication à venir.

Première époque : une révolution venue d’ailleurs (1789-1850)

Redonner à la terre ce qu’on lui a pris

Le semeur Millet
Le semeur de Jean-François Millet (1849-1850)

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Les mutations longues du travail : le cas de l’agriculture

Comme les recherches de Fernand Braudel l’ont montré, les phénomènes historiques apparaissent différemment selon qu'on les examine dans la longue durée ou à l’échelle de quelques générations. Il en est de même des mutations du travail. Mais, le travail est une notion abstraite et trop transversale pour être opératoire. Aussi, plutôt que se disperser dans l’examen de métiers sans rapport les uns avec les autres, est-il préférable de choisir une activité productive homogène sur le plan de sa finalité et regarder comment elle a évolué dans le temps. L’agriculture est un excellent candidat pour cette première étude, pour au moins deux raisons. D'une part, depuis son invention, il y a 10 000 ans, c’est l’activité qui mobilise le plus de travailleurs : si ce n’est plus le cas aujourd'hui chez nous, ça l’est encore à l’échelle de la planète. D'autre part, son but productif, nourrir les hommes, nous est vital. Nous pourrions nous passer des productions numériques qui envahissent notre quotidien, mais pas de notre alimentation.

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