Portrait du Covid 19 en leçon de vie politique

Des hordes de coronavirus poursuivent leur route à travers le monde en chevauchant notre espèce qu’elles trouvent très accueillante. Elles suivent sans but les lois du vivant – celles qui ont produit, aux termes de développements obscurs, l’homo sapiens – et mutent régulièrement, nous laissant augurer de leur présence parmi nous dans la longue durée. Mais si elles suivent ainsi leur chemin, elles croisent violemment les nôtres et dévoilent ainsi la manière dont notre espèce essaie de faire face à l’épreuve pandémique. Si elle est une leçon de vie sauvage (voir Un virus n’est pas un ennemi, mais un collègue en naturalité et Portrait du Covid 19 en leçon de vie sauvage), elle est donc aussi pour nous une leçon de vie politique – cet art sophistiqué d’existence collective propre aux humains.

Nos diverses stratégies pour arrêter l’invasion barbare se meuvent entre deux limites extrêmes, la suprême passivité et la suprême activité. La première n’a guère trouvé preneur car nous disposons aujourd’hui de connaissances et moyens sanitaires sans commune mesure avec ce qui était notre lot ne serait-ce qu’il y a encore cent ans. Elle consiste à laisser passer l’épidémie, constater ses dégâts et attendre la prochaine vague. C’est cette règle grosso modo que notre espèce a observé depuis qu’elle est apparue. L’autre a aujourd’hui quelques vaillants thuriféraires, la Chine étant le plus enthousiaste. Elle consiste a empêché toute diffusion du coronavirus en confinant, testant, isolant, vaccinant avec la rigueur la plus absolue sans laisser à quiconque d’autre choix que de se soumettre à ses règles.

La France comme ses partenaires européens se situent clairement du côté de l’activité, mais avec une sorte de logique-passoire qui les laisse loin de la radicalité Chinoise. Aucun d’eux, par exemple, n’aurait pu, ni même envisagé de, tester en une semaine 11 millions de personnes vivant dans une mégapole pour circonscrire quelques dizaines d’entre elles porteuses du variant δ [1]. Ils s’inscrivent dans une tradition et une pratique démocratique qui le leur interdit. Il n’est pas sûr d’ailleurs que cela soit dans la durée une faiblesse car dans un monde interconnecté en brassage continu, la radicalité pour être efficace devrait être absolue et universelle. A défaut, de nouveaux foyers apparaîtront et de nouvelles mutations qui franchiront les murailles – fussent-elles de Chine.

Face aux risques de mort portés par l’épidémie, une réponse médicale a été trouvée en aval par l’amélioration du traitement des victimes les plus en dangers et en amont par la vaccination. Que des laboratoires aient pu découvrir, rapidement en outre, des vaccins efficaces est en soi un succès, car il est de nombreux virus pour lesquels, du fait de leur nature même ou faute d’investissement, il n’en existe toujours pas.

Dans les pays dans lesquels un droit d’expression et d’opposition existe, la vaccination fait l’objet de contestation et de véhéments désaccords d’une partie de la population. En France, cela prend la forme de manifestations hebdomadaires engagées depuis la mi juillet, date à laquelle le Président de la république a annoncé l’obligation de présenter un passe sanitaire pour pouvoir accéder à un certain nombre de lieux de vie sociale.

En tant que citoyen, très imperméable à l’idéologie quand il s’agit de parler de phénomènes de la vie matérielle et biologique, j’accorde mon crédit aux seules sciences expérimentales, tout en sachant qu’elles supposent du tâtonnement et de la controverse pour dégager progressivement des savoirs. Des vaccinations contre le Covid ayant été pratiquées depuis de nombreux mois auprès de populations nombreuses et variées, nous disposons d’un retour d’expérience et de statistiques qui permettent d’asseoir un discours documenté sur ses effets sur les populations concernées, sur la circulation du virus et sur son rôle dans la prévention des formes graves [2]. Je suis, sur cette base, favorable au développement de la vaccination et donc avec l’objectif affiché par le gouvernement français. En revanche, il me semble que la manière dont le passe sanitaire a été introduit souffre d’un mal politique congénital.

Je m’explique.

Le passe sanitaire est en fait un confinement ciblé sur les personnes non vaccinées : elle leur interdit certains déplacements et certaines activités sociales ou culturelles. Or, il n’existait pas auparavant d’obligation vaccinale qui aurait légitimé ces interdictions. En outre, apprenant cette nouvelle mesure, des gens se sont précipités pour se faire vacciner sans qu’un délai suffisant leur soit accordé pour disposer d’un passe pendant l’été puisqu’il existe un délai d’attente entre deux injections. La rationalité politique aurait dû conduire à déclarer d’abord la vaccination contre le Covid obligatoire et universelle, puis d’annoncer qu’un passe sanitaire serait mis en place afin de permettre à ceux qui sont vaccinés de ne pas subir un nouveau confinement. Faute de quoi, le passe est une décision privée de la racine qui devrait, en démocratie, la justifier : il discrimine une partie de la population sans énoncer d’abord la règle que celle-ci enfreint.

Cela pourrait sembler une argutie ; on pourrait considérer que le gouvernement – avec le soutien du Parlement – a agi avec pragmatisme et réalisme pour accélérer un processus de vaccination qui piétinait et empêcher qu’une 4° vague, portée par un coronavirus beaucoup plus contagieux, nous submerge. Mais dans un Etat de droit, la fin ne saurait justifier les moyens.

L’obligation vaccinale n’aurait probablement pas désarmée les opposants ; peut-être même aurait elle accru leur colère. Mais cela aurait été plus clair et plus juste. S’opposer au passe sanitaire serait alors explicitement s’opposer à la vaccination universelle. Le débat porterait d’un côté sur les effets constatés en France et dans le monde des vaccinations déjà réalisés et les espoirs ou les réserves qu’ils suscitent, et de l’autre sur le processus alternatif proposé par les anti-vax : maintenir les aller retour entre confinements et déconfinements ? Laisser passer la pandémie et accepter la sélection naturelle (matinée toutefois d’inégalité sociale : ce seront les déshérités qui la subiront le plus fortement) qui s’en suivra ?

L’enjeu est d’importance. Si nous devons apprendre à vivre avec le virus du Covid, alors il faut mettre en place progressivement des politiques sanitaires qui favorise cet apprentissage et respectent les grands principes du droit. Cela n’interdit pas les législations d’exception pour faire face aux situations de crise, dans le cadre d’une temporalité limitée et encadrée par la loi, car le génie évolutif du virus n’a probablement pas fini de nous surprendre [3].

Beaucoup souhaiterait sauter au-dessus de l’épreuve collective à laquelle nous sommes confrontées pour parler de l’avenir et des choses sérieuses. Mais la santé publique est un sujet qui mérite autant d’égards que l’économie, le social, l’écologie ou les relations extérieures. D’ailleurs, elle croise tous ces sujets. J’espère que la campagne présidentielle qui s’annonce en France saura y faire droit et qu’elle permettra un débat public de qualité sur une politique de santé efficace et démocratique, adaptée à la vie pandémique dans laquelle nous sommes empêtrés depuis plus d’un an et demi.

 

[1] Source : « Covid-19 : fin du dépistage massif à Wuhan, 11 millions de personnes testées en moins d’une semaine », Le Parisien avec AFP, 8 août 2021

[2] Je renvoie ici aux nombreux articles parus sur les pays ayant atteint un haut niveau de vaccination : Malte, Islande, Israël… Ils peuvent être confrontés à des reprises épidémiques, mais la vaccination en limite les effets mortels. Par exemple : « Covid-19 : en Islande, la hausse du nombre de cas ne prouve pas l’échec de la vaccination », Le Monde, 20/08/2021 ; « En Israël, le rêve perdu d’une immunité collective face au Covid-19 », Le Monde, 22/08/2021 

[3] Par exemple : un variant μ, détecté en janvier 2021 en Colombie, est surveillé par l’OMS car il pourrait être résistant aux vaccins : « Covid-19 : « Mu », le nouveau variant du coronavirus surveillé de près par l’OMS », Le Monde, 01/09/2021


Vivre dans un monde dénaturé par le démiurge humain : comment faire ?

Il arrive parfois que ce qui s’impose à nous, ce qui s’oppose à notre volonté ou notre désir, nous fasse plus grandir que ce que nous aurions voulu par nous même ou du moins accepté. C’est une expérience que j’ai pu faire quelques fois dans ma vie. Je me suis alors retrouvé sur des chemins que je n’aurais jamais empruntés sinon, et qui débouchaient sur des prairies qu’en fin de compte je trouvais plus verte. En sera t‘il de même avec l’intrusion dans nos vies du Covid-19 et de ce qu’il a induit comme réponse mondiale ?

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Vivre dans un monde dénaturé par le démiurge humain : le Covid-19, nouvelle étape d’une prise de conscience collective

Cela fait un peu plus de 200 ans que l’Europe occidentale a trouvé les clés techniques, scientifiques et idéologiques qui ouvrent la boite de Pandore du productivisme et a engagé son irrésistible développement sur la planète. Mais depuis quand avons-nous pris conscience de ses effets délétères sur la nature ?

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Portrait du Covid 19 en leçon de vie sauvage

Le 28 avril dernier, le Premier Ministre, Edouard Philippe, dans sa présentation de la « stratégie nationale de déconfinement » devant le Parlement, a déclaré qu’il fallait « apprendre à vivre avec le Covid-19 et apprendre à nous en protéger ». C’était une assertion pleine de bon sens puisque nous ne disposons pas, et peut-être pour longtemps, de vaccins et de traitements de nature à juguler l’épidémie. Celle-ci joue, depuis plusieurs mois, le rôle inattendu de révélateur autant de ce que nous demeurons que de ce que nous sommes devenus. Depuis que le coronavirus est apparu en Chine puis s’est propagé à la planète entière, nous ne cessons d’apprendre, d’être à l’école de la vie, naturelle et sociale.

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Un virus n’est pas un ennemi, mais un collègue en naturalité

« Tu ne meurs pas de ce que tu es malade ; tu meurs de ce que tu es vivant », Montaigne, Essais, III, 13

 

« Nous sommes en guerre. Pas contre une autre nation, mais contre un ennemi invisible et insaisissable » a déclaré Emmanuel Macron le lundi 16 mars, pour justifier le confinement généralisé auquel allait être soumis dès le lendemain l’ensemble de la population française.

On peut être un citoyen discipliné et se mettre en quarantaine dans les conditions prescrites par l’Etat, sans pour autant perdre sa lucidité ou son esprit critique.

Traiter le coronavirus d’« ennemi » est évidemment une métaphore. On peut d’ailleurs trouver dans l’histoire française de ce mot, de nombreux glissements de sens qui en montrent la plasticité. Il a pu ainsi désigner le diable considéré comme « l’ennemi du genre humain » ou un animal ou des agents naturels dangereux pour l’homme [1]. Associé à l’idée de « guerre », répétée plusieurs fois dans son allocution, c’est dans son sens le plus fort que chacun était invité à le comprendre, celui de « personne ou collectivité qui est vis-à-vis d'une autre un objet et/ou un agent de haine, d'actions nuisibles » [2].

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Dire le travail en temps de confinement - Appel à témoignages

Bonjour à toutes et à tous,

Je relaie ici, vers tous les internautes qui consultent mon blogue, l’appel à témoignages lancé par la coopérative DireLeTravail. Je le fais en insistant particulièrement auprès des francophones qui vivent et travaillent dans différents endroits de la planète. Cette épidémie affecte en effet progressivement l’humanité entière. Vous êtes peut-être déjà, là où vous êtes, confronté à une politique de confinement. Votre témoignage enrichirait considérablement les nôtres et serait le signe d'une sorte de solidarité internationale face à l’épreuve.

Voici cet appel :

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