Travailler, même au Paradis

Cet article est le premier d'une série de trois. « Le petit Paradis illustré » et « Jérôme Bosch : Le Jardin des délices et du désœuvrement » sont les deux autres.

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Les chapitres 2 et 3 de la Genèse racontent la création de l’homme et de la femme, la faute initiale et ses conséquences. Mais on peut aussi en extraire les premières conceptions anthropologiques formulées sur le travail. C’est cet exercice que j’ai réalisé, en partant du texte hébreu et de sa traduction grecque et en m’appuyant sur les interprétations de ces versets par la tradition juive [1]. Cela m’a conduit à formuler quelques hypothèses mécréantes que je livre ici à la discussion.

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Ouvrières chez Bidermann

Une amie m’a conseillé récemment de lire ce livre qu'une fois ouvert, j’ai lu presque d’une traite. C’est l’histoire instructive et émouvante du combat d’ouvrières, militantes syndicales, pour la dignité, la reconnaissance et l’emploi. Elle commence en 1972, à Valenciennes, dans un atelier de confection du groupe Bidermann qui prenait alors son essor, se poursuit par des délocalisations de la production à l’étranger et des restructurations en France à partir de 1980, la reprise par Deveaux en 1994, et se termine en 2008 avec la fermeture des dernières usines du Nord.

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Kafka écartelé entre son travail et le bureau

Pour dévoiler la subjectivité du travail, Franz Kafka est un excellent guide, non seulement parce que dans ses romans il a souvent mis en scène les affres de la vie bureaucratique et ses raideurs, mais parce qu’il l’a vécu de l’intérieur et a su en parler avec ce sens aigu et lucide de l’introspection qui est le sien. Cerise sur le gâteau, son objet professionnel était d’une certaine manière, le travail lui-même. En effet, de 1908 à 1921, il a été rédacteur dans une Compagnie d’assurance contre les accidents du travail !

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La nature escamotée du travail : le cas Piketty

Après le cas Marx que j’ai publié sur mon bloc-notes en juin dernier, voici celui de Thomas Piketty. Ce qui les rassemble ici, ce n’est pas leur objet (apparemment) commun, le capital, mais la difficulté qu’il y a à s’appuyer sur leurs réflexions pour penser une économie soutenable. Pour l’un comme pour l’autre en effet, la production naturelle n’a pas lieu d’être prise en compte dans les échanges économiques, mais seulement l’activité humaine qui la recueille et la met en forme.

Mais d’abord saluons l’artiste…

Mais avant d’entrer dans la discussion, Le capital au XXI° siècle et son auteur[1] méritent un grand coup de chapeau. Voilà enfin un livre d’économie politique qui se lit comme un roman, celui de l’histoire des inégalités depuis 300 ans et de l’écart des théories économiques avec les faits. Pour atteindre ce beau résultat, le cuisinier Piketty a mélangé avec constance trois ingrédients.

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Le travail et la loi

La rentrée sociale met au cœur du débat le Droit du travail. Je me propose d'y participer, modestement, en partant d'un texte publié en juin dernier, qui en a été un des inspirateurs : Le travail et la loi qu'ont signé ensemble Robert Badinter et Antoine Lyon-Caen[1]. Ils y proposent une nouvelle approche qui mérite, par son originalité, qu’on s’y arrête et la prenne au sérieux : quelles compréhensions du travail, du droit et de l’histoire sociale de notre pays véhicule-t-elle ? 

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Le tour du monde de l’idée de nature

Imprimer ou enregistrer

Que deviennent les grandes notions forgées en occident lorsqu’elles sont introduites dans des langues qui ont été longtemps étrangères à son histoire ? Le Tour du monde des concepts contribue à répondre à cette question de manière très concrète, en examinant comment, dans 9 langues, 9 mots[1] représentatifs de ces notions ont été traduits – Si « travail » ne figure pas dans cette liste, c’est en revanche le cas de « nature », qui entretient par définition un rapport étroit avec lui. Partons donc en voyage, sémantique et culturel, pour mieux connaitre les couleurs qu’elle prend sur différentes terres. Mais prudence. Commençons, avant d’aller voir ailleurs, par s’assurer de ce que « nature » signifie pour nous[2].

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Que vaut le travail éducatif ?

Xavier Baron vient de publier sur Métis, un article qui croise des préoccupations qui ont été aussi les miennes  dans Le travail contre nature : peut-on penser la valeur d'un travail et si oui, comment ? Il prend comme support à sa réflexion le travail des enseignants, un cas (d'école pourrait-on dire !) qui me semble particulièrement heuristique. C'est pourquoi, avec son accord et celui de Métis, je le reproduis ici. Dans un prochain envoi, je développerai, à partir de lui, quelques angles de vue complémentaires.

Mais d'abord l'article de Xavier. Bonne lecture.

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Les risques psychosociaux sont-ils un objet scientifique ?

Un Dictionnaire des risques psychosociaux aux mensurations impressionnantes vient de paraître : 883 pages, 314 entrées, 251 contributeurs venant de « tous les champs disciplinaires s’intéressant à la souffrance au travail : psychosociologie, ergonomie, médecine du travail, droit du travail et de la sécurité sociale, sciences de gestion, philosophie ». L’intention est évidemment louable : apporter de la clarté là où règne la confusion, les peurs, les amalgames, les querelles de chapelles doctrinales, le conflit des intérêts économiques et sociaux, parfois la mauvaise foi. Ce n’est d’ailleurs sûrement pas un hasard si tous les accords d’entreprise et toutes les formations censées prévenir les risques psychosociaux commencent par préciser ce qu’ils sont. Il est donc parfaitement logique que deux membres du Centre de recherche sur les risques et les crises des Mines se soient lancés dans cette entreprise éditoriale, en ouvrant les vannes de la pluridisciplinarité.

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Un essai pour penser autrement la responsabilité sociale des entreprises

Les ouvrages sur la RSE (responsabilité sociale des entreprises) ne manquent pas. L’originalité de celui-ci est d’être rédigé par un philosophe, François Vallaeys, qui la soumet en connaisseur au test de la cohérence. La contradiction que l’auteur relève, entre d’un côté, l’empressement contemporain à institutionnaliser la responsabilité sociale et le développement soutenable des entreprises publiques et privées et, de l’autre, le fait que ce mouvement ne soit pas transformateur, c'est-à-dire n’approche en rien le but qu’il se donne, fonde sa démarche critique. Le « besoin de philosophie », dit-il, se fait particulièrement sentir au temps de l’insoutenabilité car « nous avons perdu le fond du monde et les raisons qui nous soutiennent sont visiblement insoutenables comme notre économie, notre manière d’habiter le monde ».

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Une philosophie du travail mal menée

Il est rare qu’un auteur soit en même temps son critique le plus sévère. C’est pourtant l'exploit que réalise François Dagognet dans son dernier ouvrage, Philosophie du travail  (Editions Les Belles Lettres, 2013) lorsqu’il explique par exemple qu’il entreprend de « répondre à une possible objection selon laquelle nous donnons dans des analyses hétéroclites » (p 99) ou encore lorsqu’il reconnait que « nous ne cesserons pas de nous heurter à des questions qui nous laissent perplexes et que nous ne savons pas résoudre » (p 19).

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