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Les mutations longues du travail : le cas de l’agriculture

Comme les recherches de Fernand Braudel l’ont montré, les phénomènes historiques apparaissent différemment selon qu'on les examine dans la longue durée ou à l’échelle de quelques générations. Il en est de même des mutations du travail. Mais, le travail est une notion abstraite et trop transversale pour être opératoire. Aussi, plutôt que se disperser dans l’examen de métiers sans rapport les uns avec les autres, est-il préférable de choisir une activité productive homogène sur le plan de sa finalité et regarder comment elle a évolué dans le temps. L’agriculture est un excellent candidat pour cette première étude, pour au moins deux raisons. D'une part, depuis son invention, il y a 10 000 ans, c’est l’activité qui mobilise le plus de travailleurs : si ce n’est plus le cas aujourd'hui chez nous, ça l’est encore à l’échelle de la planète. D'autre part, son but productif, nourrir les hommes, nous est vital. Nous pourrions nous passer des productions numériques qui envahissent notre quotidien, mais pas de notre alimentation.

Dans cette étude, nous nous limiterons à la France. En effet, l’agriculture est par essence la rencontre d’un territoire et d’une société. Aussi une approche mondiale ne serait possible qu'au prix d’une réduction drastique de l’analyse, faisant fi de la diversité des collectivités humaines et de leurs écosystèmes. La myopie pour l’examen de la ruralité est un atout : c’est en voyant de près qu'on la comprend le mieux. Même la France est déjà une échelle bien large. Ainsi que le rappelle Emmanuel Leroy-Ladurie, elle est elle-même « un agrégat qui s’étudie par morceaux » [1].

La marginalisation du travail agricole, un phénomène historique récent

Se nourrir quotidiennement est une condition de vie et donc de réalisation de toute autre activité. Dans Le travail contre nature, j’avais souligné que la première grande mutation du travail était apparu au néolithique, avec l’invention de l’agriculture (article « Travail et nature, mutations conjointes », p. 147-151). En même temps, et grâce à elle, sont apparues les premières villes, le développement du travail artisanal, les premiers États et leurs armées, les grands travaux collectifs [2]… Cela n’a été possible que parce que la production alimentaire mobilisant moins d’hommes et de femmes, a permis une division sociale du travail significative : aristocrates, fonctionnaires, prêtres, militaires, artisans, manœuvres…

Nous ne disposons d’aucun élément de mesure quantitatif qui permettrait de savoir quelle proportion des populations néolithiques puis historiques a été ainsi libérée pour d’autres activités par l’émergence de l’agriculture. On peut faire l’hypothèse que la productivité technique a assez vite fait ses preuves, d’autant que les premiers paysans s’installaient sur les terres les plus fertiles. En revanche, l’organisation du prélèvement sur la production agricole en direction des métiers et fonctions non agricoles, par les marchés et surtout l’impôt, a certainement pris plus de temps. Lorsque les grands États sont apparus (Égypte, Perse, Grèce, Rome…), étant donné l’importance des armées et des grands travaux qu'ils ont conduits, cette proportion inconnue ne devait toutefois pas être marginale. On peut essayer de l’approcher par un raisonnement à rebours.

L’agriculture a été introduite en France par des groupes de paysans venant de la vallée du Rhin et progressant par essaimage. On trouve des traces incontestables de leur implantation dés la fin du cinquième millénaire avant notre ère [3]. Les historiens ont montré que, depuis cette époque, la productivité technique de l’agriculture n’a évolué que lentement en France. On ne commence à en observer véritablement les effets qu'au XIX° siècle [4]. Au siècle précédent, on constate certes un accroissement des populations non agricoles, mais avec des effectifs d’agriculteurs grandissants dans la même proportion.

Quelle est la situation qui prévaut alors ? En 1789, la France aurait compté entre 26 et 27 millions d’habitants, les deux tiers d’entre eux – 18 millions de personnes – appartenant à des familles paysannes [5]. On peut raisonnablement considérer que ce taux est un plancher historique atteint depuis l’apparition de l’agriculture en France. Si tel est le cas, alors celle-ci a nécessairement permis de dispenser de travaux agricoles entre 0 et un tiers de la population. Il y eut évidemment, à l’intérieur de cette fourchette, des variations selon les époques. Les recherches archéologiques et historiques ont ainsi montré que la Gaule à l’âge du fer puis sous la domination Romaine a été une période d’agriculture florissante, avant de régresser sous la nuit barbare. Le moyen-âge, entre le X° et le XII° siècle a été une autre période d’amélioration des pratiques agricoles, Georges Duby n’hésitant pas à la qualifier de révolution agricole [6], avant d’entrer elle-aussi dans une phase de stagnation dont elle ne sortira qu'au XIX° siècle.

Grâce aux travaux de Jean-Claude Toutain, on dispose d’une longue série de données démographiques professionnelles sur la France du XVIII° au XX° siècle. Cela permet de prendre acte visuellement de la révolution démographique à l’œuvre depuis 200 ans [7] :

image from www.penserletravailautrement.frÉvolution de la part de la population française vivant de l’agriculture (1791-1968). Source : JC Toutain

Au XIX° et XX° siècle, la part des familles vivant de l’agriculture a donc chuté régulièrement et fortement, au rythme moyen de 0.5 % par an. D'activité commune à l’immense majorité des Français, elle est ainsi devenue celle d’une petite minorité. Mais si on remonte jusqu'aux origines de l’agriculture en France alors la nouveauté de l’événement apparaît dans toute sa clarté : quasiment stable ou oscillante à l’intérieur d’une fourchette étroite pendant 6000 ans, cette part s’est effondrée en moins de deux cents ans.

Sur cette dernière période, la France est passée de 27 millions à 66 millions d’habitants. Auto-suffisante en 1789, elle est maintenant globalement exportatrice. Cela signifie donc que cette évolution démographique s’est appuyée sur une croissance forte de la productivité du travail agricole et non pas construite sur une dépendance alimentaire extérieure.

Une autre manière de percevoir l’ampleur de la transformation consiste à évaluer l’évolution du nombre d’habitants que « nourrit » un travailleur agricole. Cette donnée toutefois est, sur longue période, sujette à caution, car les recensements ont régulièrement sous-estimé ou écarté le travail féminin et ignoré celui des enfants, adolescents et vieillards. C’est la raison pour laquelle les séries statistiques ne s’appuient en la matière que sur les travailleurs masculins adultes. L’acceptation de cette réduction pragmatique permet néanmoins de souligner une significative évolution de la capacité productive d’un agriculteur Français : alors qu'il « nourrissait » moins de quatre personnes en 1789, il en « nourrirait » maintenant plus de 12.

Ces ratios sont évidemment à prendre avec précaution :

  • En 1789, tous les membres des familles paysannes participaient peu ou prou aux travaux agricoles, aussi ne retenir que le nombre des adultes masculins abouti à une sous-estimation de l’emploi agricole. Le ratio véritable devait être largement inférieur à 4, ce qui serait plus cohérent avec un taux de 70 % de famille paysanne dans la population.
  • A l’inverse, aujourd'hui, la productivité technique de l’agriculture est tirée par l’agro-fourniture (engrais, phytosanitaires, machines agricoles…) et l’agro-conseil (conseillers agricoles, instituts de recherche, centres de gestion…). Il faudrait donc, en toute rigueur, ajouter aux agriculteurs les travailleurs employés à ces fonctions.

Néanmoins, même s’il est difficile à quantifier précisément, le phénomène reste incontestablement massif, et récent.

Qu'est-ce qui a permis de rendre le travail agricole si productif qu'il ait pu libérer tant de bras ? Pour répondre à cette question, il faut d’abord se doter d’outils macroscopiques d’analyse du travail agricole qui précisent les faits. Les deux principaux sont le résultat d’un métissage d’agronomie et d’économie. Il s’agit de la productivité du travail agricole et des rendements agricoles.

De la productivité du travail agricole

Le terme de productivité vient des économistes. Il est le rapport entre une valeur ajoutée produite par une activité économique et la quantité des facteurs – le travail ou le capital – qui ont permis de la produire. On doit donc à chaque fois préciser quel est le dénominateur auquel on rapporte la productivité, l’usage du terme seul étant insuffisant. Les agro économistes l’ont repris, mais ont ajouté la terre à la panoplie traditionnelle des facteurs, alors qu'en stricte orthodoxie économique, elle ne produit pas de valeur – ce qui est évidemment un point de vue très discutable. On y distingue donc une productivité du travail, du capital ou de la terre.

Pour effectuer des comparaisons dans le temps, je n’utiliserai toutefois pas la notion de productivité économique, mais technique, en remplaçant au numérateur les valeurs ajoutées de la production agricole par des grandeurs physiques qui en rendent compte. M'intéressant au seul travail, je placerais au dénominateur le nombre de travailleurs agricoles qui les ont produits. La raison de ce choix est épistémologique. L’économie est une technique anthropocentrique à courte vue temporelle. Elle fonde tous ses calculs sur des valorisations monétaires. Or, ces valeurs ne sont qu'une convention humaine historique dans laquelle la partie n’a de signification qu'en référence au tout ; elles n’ont donc aucun sens anthropologique ou naturel. Elles sont dépendantes de l’époque où elles s’établissent. Ainsi, des évolutions du niveau collectif de richesse, de l’organisation sociale et productive, des mentalités, des modes de consommation, de la démographie professionnelle, etc. font varier la valeur monétaire des mêmes objets. Aussi les comparaisons dans le temps n’ont très vite plus aucun sens. S’il n’en fallait qu'une illustration saisissante, je renverrai à l’article « La nature escamotée du travail : le cas Piketty » dans lequel je soulignais qu'au XVIII° siècle, la valeur des terres agricoles en France comme au Royaume Uni représentait quatre années de revenu national, et presque les deux tiers du capital national, alors qu'elle représente aujourd'hui moins de 2 % de la richesse nationale. La terre comme valeur économique s’est donc évaporée en moins de trois cents ans.

C’est sans doute cette même raison épistémologique qui a conduit Paul Bairoch a créé un « indice de productivité technique » dans laquelle la production alimentaire (essentiellement : céréales, pommes de terre, vin, sucre et viande) est convertie en sa valeur calorique directe [8] et rapportée au nombre de travailleurs agricoles masculins. Le choix de cette unité (kilocalories par kilo de production) est à la fois astucieuse, car elle évite l’écueil de l’évaluation monétaire tout en permettant d’unifier des productions hétérogènes, et critiquable car la valeur alimentaire d’une production ne se résume pas à sa valeur calorique. Néanmoins, elle permet de suivre à méthode constante, et sans craindre les déformations monétaires, l’évolution de la productivité technique agricole. Cela donne, pour la France, le graphique suivant :

  image from www.penserletravailautrement.frÉvolution de la productivité technique agricole en France de 1800 à 1996 (Source : Paul Bairoch) [9]

La très forte croissance de cette productivité à partir de 1950, écrase sur ce graphique celle qui a eu lieu précédemment, certes moins forte, mais tout aussi réelle. L’importance de ce phénomène antérieur apparait plus clairement si on reprend les mêmes données, en les arrêtant à 1950 :

image from www.penserletravailautrement.frÉvolution de la productivité technique agricole en France de 1800 à 1950 (Source : Paul Bairoch)

La croissance de la productivité du travail agricole a donc bien commencé dés le début du XIX° siècle, et sa chute lors de la première guerre mondiale a été vite rattrapée avant de véritablement exploser après le seconde.

La productivité agricole est le soubassement de la division sociale du travail. C’est elle qui a rendu possible l’exode rural et permis ainsi de satisfaire les besoins en main d’œuvre de l’industrie en France, puis du tertiaire. Certains aujourd'hui fondent sur le développement des activités de service l’espoir d’une réduction du chômage ou d’une modération des pollutions humaines pendant que d’autres assurent que c’est le signe d’une économie moderne. Mais si aujourd'hui, on peut ainsi disserter sur cet étonnant développement, c’est malheureusement souvent en oubliant sur quelles bases il a été possible, et en ne s’interrogeant pas sur sa durabilité. C’est pour lever le voile sur cette zone d’ombre que j’ai décidé de rédiger cette série d’article sur le travail agricole – qui me rajeunit en outre en me renvoyant à ma formation professionnelle initiale.

Des rendements en agriculture [10]

 L’autre outil d’usage traditionnel pour rendre compte de la capacité productive en agriculture, dans le temps ou l’espace, est le rendement. Mais là aussi une clarification de la notion est nécessaire, car il en existe plusieurs versions. La plus ancienne est la plus orthodoxe : c’est une grandeur sans unité. On la trouve déjà chez les agronomes de l’antiquité romaine, sous la forme du rapport entre la quantité de céréales récoltée et celle qui est semée ; elle sera très utilisée jusqu'au XVIII° siècle. Ce rendement dépend toutefois plus du mode de semis que de la fertilité des semences. En effet, semée à la volée, une graine de froment « rendra » - c’est là l’origine étymologique de ce ratio – 4 à 10 graines à la récolte, et 10 à 20 fois plus si elle est semée en poquets. C’est dans ce même sens qu'on calcule par exemple le rendement d’un moteur en comparant l’énergie qu'il restitue à celle qu'il consomme. On pourrait d’ailleurs utiliser ce dernier ratio en agriculture, dans une perspective de maîtrise énergétique, en convertissant la quantité d’aliments produits en calories et la comparant à la quantité d’énergie non renouvelable totale qu'il aura fallu pour les produire. Certains ateliers hors-sol apparaîtraient alors comme une aberration écologique en ce qu'ils consomment plus d’énergie qu'ils n’en produisent.

En occident, ce rendement à la semence est tombé en désuétude au XIX° siècle au profit du rendement des productions rapportées à l’hectare. Ce n’est alors plus une grandeur sans unité puisque numérateur et dénominateur ne sont pas de même nature. Cette notion de « rendement agricole » souffre toutefois de plusieurs limites qu'il est important d’avoir en tête lorsqu'on l’utilise. Elle est construite sur le modèle occidental d’agriculture qui privilégie, depuis le néolithique, les champs en monoculture alors que ce n’est pas le cas des autres foyers (Asie orientale, Amérique précolombienne, Afrique) qui ont développé une agriculture combinant sur une même surface plusieurs spéculations. En outre, le rendement ne porte que sur une des composantes de la rotation des cultures. Or, lorsque par exemple, une nouvelle approche agronomique permet d’éviter une jachère, le rendement supérieur de la terre auquel cela conduit à l’échelle de la rotation complète n’est pas pris en compte car le rendement se focalise sur un seul de ses moments. Par ailleurs, il ne dépend pas que de la génétique de la plante (ou de l’animal) et des apports de son support direct, la terre, mais aussi de compléments venus d’ailleurs. Pour apprécier le rendement, il faudrait donc réintégrer les surfaces agricoles qui ont été nécessaires pour produire ces derniers. Ainsi, une ferme, qui complémente l’alimentation de ses bovins avec des tourteaux de soja venus du Brésil et obtient ainsi un chargement de 2 UGB [11] à l’hectare, devrait, pour apprécier son véritable rendement, ajouter à sa surface, celle qui est nécessaire à la production du soja qu'elle consomme. Enfin, la comparaison de rendements est d’autant plus pertinente qu'elle se fait à petite échelle. On peut comparer le rendement à l’hectare de deux parcelles sur une même ferme céréalière ou de deux ateliers de vaches laitières. Mais lorsque l’on agrège des productions à l’échelle d’un territoire, on obtient une moyenne qui mélange des réalités de terroir et de traditions culturales profondément différentes.

Conscient de ces limites, illustrons néanmoins ce qu'apporte une approche en grandeurs physiques avec le cas de l’évolution du rendement à l’hectare de la culture reine en France, le blé [12]. Sur la base d’estimations recueillies dans trois ouvrages différents[13], on peut la reconstituer ainsi :

Époque

Époque gallo romaine

Moyen âge

1800

1850

1900

1950

2000

Quintaux de blé à l’hectare

8

5 à 7

8.5

10.5

13.5

20

70

Si les rendements calculés à partir du milieu du XIX° siècle sont assis sur des statistiques relativement solides car les volumes de productions de blés et les surfaces emblavées sont recensés depuis cette époque, ce n’est évidemment plus le cas lorsqu'on remonte dans le temps. Toutes les sources utilisées livrent leurs estimations sans les justifier. J’imagine que leur hypothèse sous-jacente est de même nature que celle que j’ai utilisée au début de cet article : avant le XIX° siècle, aucune évolution significative n’a dû avoir lieu au niveau des rendements qui de toute façon n’étaient jamais calculés à l’hectare, mais à la semence et ne saurait donc être converti sans connaître la densité de semis.

Ce tableau montre que l’augmentation du rendement du blé est un phénomène progressif qui s’est brutalement accéléré à la mi-temps du XX° siècle. Il ne saurait donc à lui seul expliquer la croissance régulière de la productivité technique du travail agricole depuis la fin du XVIII° siècle.

Ces faits étant établis, il nous reste maintenant à chercher à en comprendre les causes.

Ce sera l’objet d'un prochain article : "Une révolution du travail agricole à bout de souffle ? ", qui sera suivi d'un troisième : "Demain : se réconcilier avec la terre ?".

A suivre…

***

[1] Histoire de la France rurale, sous la direction de Georges Duby et Armand Wallon, Editions du Seuil, 1975, tome II, Emmanuel Leroy-Ladurie, « De la crise ultime à la vraie croissance (1660-1789) ».

[2] Jean Guilaine, Caïn, Abel, Ötzi. L’héritage néolithique, Gallimard, 2011

[3] La néolithisation de l’Europe a pour point de départ continental la Grèce et la péninsule des Balkans (vers 7000 avant notre ère). Elle s’est propagée au cours du 6° et 5° millénaire, par des colonies paysannes essaimant de proche en proche, en suivant les vallées de ses grands fleuves : le Danube, la Vistule, l'Oder, l'Elbe, le Rhin… Histoire de la France rurale, tome I, Gérard Bailloud, « Avant l’histoire ».

[4] Histoire de la France rurale, tome III

[5] Histoire de la France rurale, tome II, p 577

[6] Georges Duby ; « La révolution agricole médiévale ». In Revue de géographie de Lyon, vol 29, n°4, 1954, pp 361-366

[7] Jean-Claude Toutain, La population de la France de 1700 à 1959, Cahiers de l’Institut de Science Economique Appliquée, suppl. n° 133, janvier 1963, Paris. 

[8] Les calories directes sont des calories végétales, à distinguer des calories animales, car pour produire ces dernières, les animaux domestiques consomment des végétaux avec un rendement moyen de 1 pour 7 ou 8 environ. 1 kilo de blé représente 3400 calories directes alors qu'un kilo de viande bovine en représente 21 000 (mais 2 300 calories indirectes).

[9] Paul Bairoch, L’agriculture des pays développés de 1800 à nos jours. Production, productivité, rendements, Economica, Paris, 1999. Nous avons réuni dans ce même graphique trois séries temporelles successives établies par l'auteur selon des méthodes différentes (1800-1910 ; 1910-1950 ; 1948/52-1993/97), mais qu'il a cherché à rendre homogène entre elles par des ajustements sur les chevauchements. Pour de plus amples détails voir son annexe méthodologique, p 161-179.

[10] Ce chapitre doit beaucoup à l'article de François Sigaut, "Rendements, semis et fertilité : signification analytique des rendements" paru dans Préhistoire de l'agriculture. Nouvelles approches expérimentales et ethnographiques, sous la direction de Patricia C. Anderson, CNRS, Paris, 1992

[11] UGB : A fin de comparaisons, l’Unité de Gros Bétail est définie comme une vache laitière de 600 kg consommant 4500 kg de matière sèche par an, présente toute l’année sur l’exploitation.

[12] Il occupait à lui seul 27 % des terres labourables en 1852 et ce même taux en 2013 : une remarquable stabilité dans le temps.

[13] Paul Bairoch, L’agriculture des pays développés de 1800 à nos jours,  p 106, Pierre Daucé,Agriculture et monde agricole, La documentation française, Paris, 2015, p 13 et Philippe Ledieu,Planète agricole, Cité des sciences et de l’industrie, Pocket, 1995, p 50.

Commentaires

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Nicole

Bonjour Michel,
Ce texte est à la fois limpide et ardu. Limpide car le fil rouge est explicite et connu, ardu car la démonstration prend en compte de nombreux paramètres de mesure.
Ce que je retiens c'est bien que si notre société à pu évoluer c'est grâce à la productivité du monde agricole et que si notre generation d'après guerre a pu vivre ailleurs et en particulier suivre des etudes, privilège au combien, c'est grâce au labeur de nos aïeux et à leur imagination farouche pour transformer le mode d'exploitation des terres et d'élevage des animaux.
Aujourd'hui, nous jugeons que la terre est appauvrie par ces ajouts chimiques mais nous nous félicitions des rendements il n'y a pas si longtemps. Sont ils allés trop loin? Comment aller vers un meilleur équilibre et ne pas opposer agriculture productiviste et agriculture bio ou raisonnée? Comment continuer à aller de l'avant sans mythifier le Moyen Age?
Développeras tu l'emprise de l'industrie de l'agroalimentaire sur les producteurs?

Michel

Merci Nicole de ta lecture et de ton commentaire.

C'est bien mon intention, comme je l'annonce à la fin de mon article, de poursuivre ma réflexion sur le travail agricole, y compris dans une dimension prospective. Ca me semble d'autant plus important que je suis convaincu que nous sommes arrivés à un point limite de la voie technique empruntée massivement depuis la deuxième guerre mondiale. Or tout notre édifice économique et notre mode de vie repose sur l'efficacité de ce modèle. Le changement climatique risque en outre de le fragiliser encore plus.

Le directeur de la FAO, à l'occasion de la sortie de son rapport 2016, vient de déclarer que "le changement climatique fait resurgir certaines incertitudes datant de l’époque où nous étions tous des chasseurs-cueilleurs. Nous ne pouvons plus garantir que nous récolterons ce que nous avons semé" (Le monde du 18/10/2016).
On aura besoin, face au changement climatique, d'une agriculture résiliente, en symbiose avec son territoire, productive mais non productiviste (je m'expliquerai sur cette distinction).

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